jeudi 2 février 2012

Révolution ?

Aujourd'hui, quelqu'un m'a fait découvrir un article du Monde très intéressant sur une possible "révolution de la théorie de l'Evolution".

Avant tout, notons pour une fois que le concepteur de la dite révolution n'est pas un créationniste ou un hurluberlu sorti de nulle part mais un directeur de recherche au CNRS, Mr Etienne Danchin.

Je vous conseille très fortement de lire l'article bien évidement.

C'est fait ? Bien. Sauf que, contrairement au journaliste ayant choisi le titre, j'ai vraiment du mal à voir où se cache la révolution... Mais j'ai peut-être eu un peu trop le nez dans le guidon.

Voici un petit résumé des idées émises, si vous êtes vraiment trop paresseux pour cliquer sur le lien (oui oui, j'insiste).

  • Les facteurs épi-génétiques sont très importants (tout ce qui peut influencer les gènes et leur fonctionnement via l'environnement en gros) 
  • Les facteurs culturels comme les chants d'oiseau, qui pour une espèce donnée peuvent varier d'une zone à l'autre au point de d'avoir des "accents" différents, pas forcément identifiable par un partenaire en connaissant une autre version.
  • L'environnement: si Papa et Maman ont conquis un large territoire, vous aurez plus de bouffe donc deviendrez plus fort et pourrez à votre tour conquérir un large territoire, et ainsi de suite. Si votre voisin a de meilleurs gènes que vous mais qu'il a été mangé car son nid était plus exposé, c'est dommage pour lui, mais c'est comme ça.

Cela parait assez évident non ?

Non.

Avant tout, cela ne remet pas en cause la théorie de l'Evolution dans ce qu'elle a de plus strict (je cite la structure de la théorie de l'Evolution de Stephen Jay Gould ):


  • Les ressources à disposition sont limitées par rapport au nombre d'individu.
  • Ces individu sont tous différents.
  • Ces différences sont transmissibles à la descendance.


Darwin ne connaissait pas les gènes et encore moins l'ADN. (découvert respectivement par Mendel en 1866 et par Waston et Crick en 1953). En plus,  personne n'a fait le lien entre les travaux de Mendel et Darwin pendant très longtemps. La recherche du support d'une information héréditaire a fait couler énormément d'encre et de théories qui paraissent aujourd'hui plus ou moins fumeuses (mais quand on ne sait pas ce qu'on cherche, ça se comprends) dans les décennies qui suivirent la publication de l'Origine des Espèces (1859).

 En fait, ce n'est pas le fondement de la théorie de l'évolution qui est remis en cause, mais son cadre d'application: la théorie synthétique de l'Evolution, réalisé par plusieurs biologistes qui ont fini par fusionner les travaux de Mendel et de Darwin (en très résumé).

L'interprétation de ces transmissions a fait couler pas mal d'encre : Qu'est ce qui est transmissible et ne l'est pas ? Une malformation peut être d'origine génétique ou non. Et le caractère ? Et l'orientation sexuelle ? Ce ne sont pas franchement des questions évidentes. L'ADN a été identifié bien après les gènes. Ces interrogations autours de ce qui est réellement porté par les gènes (ou d'autres théories, abandonnées, sur l'hérédité)  a débouché sur des idées malsaines comme l'eugénisme (="bons gènes") sur la fin du XIXeme. Par exemple, les enfants  d'alcoolique deviendraient forcément alcooliques. Ou ceux d'un voleur auraient une très forte probabilité de devenir un voleur. Tout cela étant difficile à vérifier ou à contredire.
Vous êtes littéraires ? Vous avez sûrement lu quelques bouquins de Zola. Pensez à Nana , l'héroïne du roman de même nom (1880): une prostituée qui commence à aguicher très jeune tout les hommes qui passent, dont le père est devenu alcoolique. Présentée comme une mouche dorée qui colporte des miasmes à tout les étages de la société, le roman donne furieusement l'impression que la prostitution n'est pas un choix pour Nana mais une espèce d'instinct dans le sang. Ce qui est était une idée plus ou moins répandue dans l'air du temps.

Les principes eugéniques ont mené à stériliser de nombreuses personnes dans certains pays (USA, Suèdes). Principalement des marginaux, prostituées, criminels et compagnie, mais aussi des Tziganes.

L'eugénisme a été mis sous le tapis après la seconde guerre mondiale: Les génocides des Juifs/Tziganes/Homosexuels finalement, étaient aussi une application extrême de l'eugénisme: après tout, ces gens étaient atteint par des tares incurables dont leur descendance ne pourrait jamais se débarrasser, mais En plus ils pourraient contaminer les autres (comprendre: les Aryens) via des croisements. 

Et donc, on tombe parfois sur de beaux restes de cet eugénisme sous des formes plus ou moins masquées dans certains milieux, surtout en Amérique: tel agence qui propose des ovocytes de mannequin ou du sperme de prix Nobel, ou encore ces étudiantes qui vendent leurs ovocytes selon un prix fixé par leurs résultats au concours d'entrée à la fac.  Et de temps en temps, certains prétendent découvrir le gène de l'homosexualité, ou de l'agressivité... Et si vous laissez des gens analyser des gènes communs aux participants à un amphithéâtre d'un cours de biologie, vous finirez par découvrir le gène de la biologie, ricanait un de mes enseignants. Cela dit, ces concepts sur le comportement dicté par les gènes ont à peu près déserté les laboratoires pour gagner (une partie) de l'inconscient du public. Si vous saviez comme ça m'agace d'entendre des journalistes s'exclamer que telle chose est "dans l'ADN" d'une entreprise/d'un parti/d'une association...

 La proposition de Mr Danchin sort du cadre de la théorie synthétique pour une petite poignée d'espèce (des mammifères et des oiseaux, plus celles qui ont besoin de garder un territoire... Sur toute la biomasse existante, cela fait finalement peu de chose, bien qu'Etienne Danchin parle de la Drosophile dans son interview, mais je n'en sais pas plus sur le sujet). Un petit ajustement qu'il sera néanmoins très intéressant de prendre en compte pour des travaux ultérieurs.

De fait ce changement n'est pas une nouveauté révolutionnaire, mais était déjà en marche: 
 C'était déjà fait pour les humains: personne ne niera que la connaissance d'une technologie (faire du feu) est plus intéressante pour la survie qu'un modification génétique positive dont la transmission sera plus aléatoire (50% si un seul parent en bénéficie) et pas forcément plus efficace (voir le livre de Cavalli-Sforza qui explore le sujet, Evolution Biologique, Evolution culturelle). De nombreux scientifiques considéraient depuis longtemps que l'homme s'était affranchi de l'évolution via la Culture.

Le véritable cap, la Révolution est faire admettre au plus grand nombre que certains animaux ont aussi une "culture", des comportements transmissibles à leur descendance via l'éducation, ce qui a été rendu possible par des travaux en éthologie. 

Conclusion: un petit pas pour la théorie de l'Evolution, un très grand pas dans notre vision de l'animal...


Edit: Ce projet sera dérangeant pour certains, il faut bien le reconnaître. Personnellement, après avoir réfléchi sur cet interview quelques heures (oui, je suis parfois lente d'esprit), j'ai plutôt envie de m'exclamer "bon sang, mais c'est bien sûr". Le concept semble tellement évident une fois énoncé, mais pour cela il fallait déjà quelqu'un le fasse _ce qu'a fait Mr Etienne Danchin. Je modifie donc le nom de mon billet qui passe de "révolution, ou pas." à  "Révolution ?" avec un point d'interrogation.

Le changement de cadre est un élément déterminant tant pour représenter notre vision du monde ou pour ensuite faire de nouvelles découvertes, donner une interprétation des faits ou un modèle plus proche encore de la réalité.

Nouvelle conclusion: Un petit pas scientifique qui restait à franchir, mais si, c'est un grand pas pour l'application de la théorie de l'Evolution... 

2 commentaires:

  1. A voir
    http://www.dailymotion.com/video/x9qm12_charles-darwin-le-g-voyage-la-theor_travel
    Tu te souviens de "Préfixe 'évoluer"
    http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2009/02/02/prefixe-evoluer.html
    Je vais un peu creuser l'affaire.
    Car depuis l'écriture, il a certainement "évolué'

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  2. Bon sujet de dissertation: quand l'évolution devient une révolution? C'est presque la même question que de se demander à partir de combien d'arbres, on parle de bois ou de forêt.
    La théorie de ensembles ne se posent plus la question. Si tu connais le langage "java" en informatique, il y a le polymorphisme pour résoudre le problème. On remonte du parcellaire et on englobe, de proche en proche, le tout, on en en déduit des particularismes en montant ou on en augmente les spécificités dans l'autre sens, comme le fait la théorie de l'évolution et à chaque fois, on trouve une autre espèce, un autre ordre. Les changements sont des paramètres. Sont-ils importants? Sont-ils révolutionnaires ou rétrogrades? La nature est une testeuse née. Elle a de l'imagination et elle est casse-cou et parfois casse-c.....
    La science a enfin compris ce que la nature apporte au genre humain.
    Petites natures pour Grande Nature http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2005/12/10/fonctionnellement-votre.html

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