mardi 31 janvier 2012

Réflexions stériles autours de la géo-climatographie imaginaire

Cette nuit, j'ai pas dormi.

ça, on s'en fout un peu je vous l'accorde. Je signale juste au passage qu'il ne faut pas faire de tarte au Maroilles si vous habitez dans un appart sans séparation cuisine/chambre. Ni recycler de boulette d'Avesnes le même soir. Pas de ma faute, j'avais des restes à transformer/congeler avant de partir en voyage. Bref ça puait tellement que j'arrivais pas à ferme l’œil. Par contre ça m'a amené à réfléchir à la géographie des mondes imaginaires. Hélas, ça fonctionne moins bien que compter les moutons, mais ça donne des idées intéressantes. Ou vachement reloue, selon les points de vue.

Qui dit pays, dit frontière. Qui dit frontière dit le plus souvent frontière naturelle. Et en même temps, la topographie influence le climat, donc la végétation, donc la culture locale.

D'ailleurs il existe un cliché reliant la mentalité dites "insulaire" de certaines populations à la forme de leur pays: Les Britanniques, les Japonais et les Corses n'auraient peut-être pas été ce qu'ils sont sans une vaste étendue d'eau entre eux et les autres peuples.

Mais encore ? La géographie influence le climat autant que la latitude. J'ai longtemps habité dans le Nord: d'abord à Maubeuge, puis à Lille. Maubeuge a un climat plus proche de celui des Vosges (plus froid, plus de neige) que Lille qui garde des températures plus douces avec un climat nuageux, des pluies régulières mais plus abondantes (il faut savoir qu'il pleut plus à Nice qu'à Lille. C'est juste qu'il pleut plus souvent dans la seconde ville que dans la première. Voilà le tableau comparatif de Wikipédia si vous en doutez encore).

Les civilisations humaines sont dépendantes à plein pots de tout ces paramètres là. Oui mais, lorsqu'un auteur invente sa petite civilisation imaginaire, il se préoccupe rarement de tectonique des plaques. A sa défense, ça n'a jamais fait la qualité d'une histoire. Seule exception à ma connaissance, Franck Herbert, qui a léché la partie écologie de Dune d'une manière particulièrement crédible.

Prenons quelques exemples (hors Dune) que je vous montre où je veux en venir.
Commençons par un classique: la carte de la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien. J'ai trouvé l'image sur ce site au fait.


Qu'est ce qu'on y voit ? Bon déjà Tolkien s'est rappelé qu'un fleuve prenait sa source en général dans les montagnes, ce qui est déjà une bonne chose en soit Bon. Mais en suite, l'emplacement des dites montagnes ? Je rappelle que les montagnes bloquent le passage des nuages en général. Du coup, les côtes à l'Ouest sont bien arrosées, mais pour la Forêt Noire et Fangorn (la petite forêt en dessous) je me demande d'où provient la flotte.
Idem pour la tectonique des plaques: les montagnes sont issues de la collision entre deux plaques, normalement vous êtes au courant. Ce qui explique les montagnes de l’Himalaya, c'est l'Inde qui rentre en plein dans l'Asie et pas le Saint-Esprit qui a voulu faire pousser des montagnes pour faire joli.
Conclusion: les montagnes ne tiennent pas la route.

Autre exemple: tiré du site la garde de Nuit (encyclopédie sur la série de romans Trône de Fer de Georges Martins)


En fait Martins a fait un truc que je trouve vachement plus cohérent: on sent que la péninsule Dornienne (en bas de l'image) doit pousser sur la chaîne montagneuse adjacente et la pousser à grandir. Et les massif montagneux plus haut ? Peut-être une autre collision avec le bloc encore plus au Nord, créant ainsi une bande de terre plus étroite au milieu de la carte. Un peu comme la zone d'Amérique Centrale autours du détroit de Panama.
Pour les massifs sur le haut de l'image, si ce ne sont pas que des questions de poussées de plaque, il pourrait aussi s'agir d'anciens volcans éteints qui se seront érodé au fil du temps, y compris au niveau des récifs des îles de fer. C'est Charles Darwin qui a d'ailleurs explicité le mode de formation des atolls coralliens: Prenez un point chaud en mer, qui donne un bon gros volcan, le point chaud se déplace et laisse un volcan éteint qui s'érode par le frottement des vagues, laissant à la fin la couronne de coraux qui se sera constitué sur ses flancs se renouvelant, on obtient un anneau sous-marin persistant. (Notez qu'il existe des coraux d'eau froide, bien qu'ils soient considérablement moins connu et fassent moins parler d'eux).

Et enfin, Néolim. C'est l'île (de la taille de l'Australie, grosso merdo) où se passe toute l'action du JDR Shade.

ça m'a escagacé une bonne partie de la nuit. C'est mon jdr préféré du moment quoi, et pourtant je trouve que cette carte ressemble, géographiquement parlant, à rien. Ou si justement, à l'Australie. Néolim fait approximativement trois mille kilomètres de long sur huit cent de large, soit la même longueur et une largeur bien moindre.
Du coup, les auteurs ont-ils vu bon avec des plaines fertiles ou y aurait-il du y avoir un bush voir des zones désertiques ? (qui sont due en Australie, aussi aux animaux importés d'Europe, il est vrai).

Et je parle même pas des espèces vivantes qui se diversifient en fonction de la dérive des continents, des ères glaciaires, etc etc.

Reste alors le fameux principe TGCM (ou "Ta Gueule C'est Magique") qui permet de tout expliquer et de rien justifier. Oui mais quand même. Je peux très bien tolérer à la perfection les sabres lasers de Star Wars et râler sur le scénario des épisodes 1, 2 et 3 sans que ça ne choque grand-monde ?
Et qu'une carte un tant soit un peu cohérente me parait plus belle à regarder et plus riche d'intérêt qu'un décors avec des éléments posé au petit bonheur la chance. Ou alors je suis trop exigeante.

Et la prochaine fois, promis, je compterais les moutons.

3 commentaires:

  1. "Qui dit frontière dit le plus souvent frontière naturelle"
    Je crois qu'au contraire, les frontières naturelles sont de plus en plus rares. Vraies dans le passé, elles sont plus politiques voire économiques.
    L'économie les a même abolies.
    L'esprit insulaire existe et persiste, absolument.
    J'aime les îles et cet esprit souvent plus révolté qu'ailleurs que les idées amalgamées sur des continents.
    Nous vivons dans un climat très tempéré, toi et moi.
    Cette tempérance est actuellement un peu chahutée. C'est la même moyenne sur un an, mais les extrêmes se sont manifestés comme dans d'autres pays à contrastes marqués.
    L'histoire nous sauve ou nous fait plonger dans des tergiversations sans fin.
    Tu te souviens de mes deux articles sur la Planète vivante
    Les montagnes ne tiennent pas la route et en plus nous sommes tous sur des îles plus ou moins grandes.
    Darwin n'a été qu'un observateur qui a tiré des conclusions parmi d'autres. Contesté comme d'autres.
    L'antarctique est le continent de toutes les surprises avec les océans. Tous deux presque vierges.
    On rêve aussi. L’Atlantide renait de ses cendres à points nommés. Quand cela arrange.
    Le triangle des Bermudes fait toujours rêver.

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  2. C'est vrai que sur une carte de notre monde, les frontières naturelles ne sont pas si présentes que ça (Amérique du Nord, Afrique...) mais elles représentent pour ainsi dire un "niveau d'énergie minimal" sur lequel les limites des pays finissent par se stabiliser car elles sont plus facile à tenir.

    Mais là je parlais de frontières imaginaires :)

    Et en général, les univers d'Héroic-Fantasy et de SF ne s'aventurent pas de façon prolongée dans la géopolitique genre 19eme/20eme siècle, (je n'ai aucun souvenir d'un bouquin où les frontières auraient été faites "à la règle"). Donc les frontières naturelles y prédominent, mais les auteurs ne pensent pas forcément à en faire une carte cohérente et c'était tout mon propos.

    A propos, tu sais qu'on a trouvé des lacs sous la surface gelé de l'Antartique ? Les montagnes hallucinés de Lovecraft ne sont pas si loin...

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  3. Je m'aperçois que le climat avait été déjà en cause dans ce billet.
    L'article "Le climat par l'intérieur ou par l'extérieur" ne fait qu'approcher le problème sous un autre angle.
    J'y ai ajouté le lien de ce billet.

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