vendredi 13 janvier 2012

The city & the city par China Miéville

China Miéville est l'un de mes auteurs préférés et le restera sans doute longtemps pour la beauté de ses phrases et son vocabulaire (enfin, leur traduction forcément, mais je ne doute pas que l'oeuvre originale soit à la hauteur) et ses bestiaires débordants et extrêmement cohérent. Mais je ne lui connaissais pas une écriture aussi protéiforme; Ici, on retrouve son amour pour l'environnement urbain, exacerbé par rapport à Perdido Street Station ou Les Scarifiés. En revanche, son imagination pléthorique a été mis de côté pour ne garder qu'un seul élément dérangeant; mais largement suffisant:

Par ailleurs, le niveau de langue qui aurait pu décourager certains dans ses précédents romans est un peu moins élevé même si les phrases sont bien écrites. (Je n'exagère pas: j'aime trouver les mots "détumescent" et "oligotrophique" dans le même chapitre, mais je comprends que cela puisse faire un peu trop de mot de plus de quatre syllabes pour de nombreuses personnes, sans ironie aucune).

Un décor double au coeur de l'intrigue. Deux villes en une, imbriquées façon puzzle. Certaines rues appartiennent à Bezel d'un côté et à Ul Qoma de l'autre. Ce qui n'empêche pas chacune d'entretenir ses propres relations avec les puissances étrangères (Etats-Unis, Canada), sa propre langue et sa culture radicalement différente de sa voisine. L'origine de cette divergence ? Il n'en est pas fait d'explication. Ni même si celle-ci est surnaturelle. Elle doit l'être puisque le livre est vendu au rayon SF des librairies, mais comment en être sûr ?

En effet, les habitants "s'évisent" les uns les autres, comprendre font très attention à ne pas se voir ou interagir. De la même façon finalement, que la plupart d'entre nous refusons les clochards dans la rue ou d'autres "éléments gênants". Le système tiendrait tout aussi bien de la double pensée de George Orwell. En cas d'infraction,  une police ultra-spécialisée et d'une redoutable efficacité intervient, la Rupture, dont on ne sait finalement presque rien.

Dans cet environnement absurde, une jeune femme est retrouvée morte au premier chapitre. Je n'en dirai pas plus pour ne rien vous gâcher de la lecture. C'est un excellent polar. La classification dans la littérature SF est un chouïa discutable. Attention, j'ai bien dit "un chouïa".  Je ne suis pas sûre que The city & the city se serait retrouvé dans ce rayon si l'auteur avait écrit des romans à la Nothomb plutôt que ses précédentes oeuvres.

Enfin, peut importe. A vouloir faire un livre carrefour qui sort des sentiers battus, il doit être normal de donner quelques migraines aux libraires. 

1 commentaire:

  1. Bon retour. C'est exactement l'optique que je préfère.
    Parler de tout et de rien.
    :-)

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