jeudi 30 juillet 2009

Petit choix de livres de fantasy et de science-fiction

Un billet, comme ça, parce que c'est l'été, parce que j'ai marqué en présentation du blog "critiques littéraires" et que de ce point de vue, c'est plutôt vide.

Je ne pense pas apprendre grand chose aux gens lisant régulièrement ces genres littéraires mais pour les autres cela fera un bon début, pour dépasser l'image un peu enfantine du genre.

Pour quoi présenter à la fois la Fantasy et la SF ensembles au fait ? Sans doute parce que comme le résume Terry Pratchett, "la science-fiction, c'est de la Fantasy avec des boulons... " Peu d'auteurs détaillent assez leurs univers futuristes ou leurs inventions pour que ce soit parfaitement crédible (mais il y a des exceptions, vous allez voir). Ici j'ai fait le choix de ne garder que quelques livres, parmi mes préférés. L'ordre de la liste ne correspond pas à un classement. Je n'aime pas l'idée de donner des notes: Après tout, on peut aimer ou pas un livre, mais c'est tellement subjectif, aussi...

L'âge de la Déraison: Les Démons du Roi Soleil, l'Algèbre des Anges, l'Empire de la Déraison, les Ombres de Dieu

Cette saga en quatre volume a été écrite par Greg Keyes. Le concept est très original et correspond à ce que l'on appelle le courant steampunk: partir d'une période historique et réécrire l'histoire d'une façon qui diverge de la réalité Ici, Newton découvre des "djiins" capables de commander la matière et une méthode pour les mettre à son service. De l'autre côté de l'Atlantique, Benjamin Franklin fait lui aussi des expériences révolutionnaires.
Et en plus, Louis XIV est toujours en vie grâce à un élixir persan...
Un mélange détonnant mais très bien réussi, surtout si on s'intéresse aux sciences et à l'histoire en général.
L'auteur fait montre d'une très bonne documentation, notamment sur les peuples amérindiens (d'après le quatrième de couverture il parle le Navajo) et les descriptions des combats d'escrime sont particulièrement vivantes.
Les personnages sont nombreux et presque toute l'Amérique du Nord et l'Europe sont visitées. Bref, une très bonne lecture qui change vraiment de l'ordinaire.

A noter que dans un style un tantinet héroïc fantasy plus classique (mais pas trop quand même), l'auteur a également écrit les Royaumes d'Epines et d'Os, dont le quatrième tome vient de sortir.

La trilogie des présages: l'Evangile du Serpent, l'Ange de l'Abîme, les Chemins de Damas

Ces livres peuvent très bien être lu séparement ou à la suite (pour ma part, complètement dans le désordre). Ecrit par Pierre Bordage, parait-il l'un des auteurs de science-fiction française les plus lu (c'est le site de son éditeur qui l'affirme, en tout cas).
  • L'Evangile du Serpent est l'histoire d'un nouveau Christ né en amazonie, prêchant le nomadisme et l'amour du prochain en France. Ses évangélistes seront quatre personnes assez peu conventionnelles: Lucy, stripteaseuse sur le net, Yann, premier disciple, Mathias, tueur à gage, et Marc, journaliste désabusé par son métier.
  • L'Ange de l'Abîme se passe quinze ans plus tard: L'Europe est le théâtre d'une guerre rappelant la première guerre mondiale à sa frontière avec les Balkans: une véritable boucherie. L'Union Européenne est dirigée par un dictateur qui se fait appeler l'archange Michel, et l'adversaire est le monde musulman dans son ensemble. Dans ce chaos, deux enfants vont traverser toute l'Europe pour voir à quoi ressemble exactement ce dictateur...
  • les Chemins de Damas: Encore quinze ans après, la guerre est finie mais a laissé l'Europe en ruine. La démocratie n'est plus qu'une triste façade qui tombe en ruine, les routes ne sont pas sûres et plus aucune nouvelle ne provient du proche-Orient. Les églises évangéliques d'origine américaine recrutent de plus en plus d'adeptes. Une jeune mère et un journaliste essaient de retrouver une fillette disparue mystérieusement... et qui se trouve peut-être à Damas.
Le style de Bordage est assez agréable, passant souvent par de nombreuses histoires dans l'histoire, des morceaux de vie pris à des personnages n'ayant rien à voir avec la trame principale mais faisant pénétrer plus profondément son univers. Ses thèmes de prédilections sont très modernes: si on prends son œuvre dans son ensemble, il s'est intéressé énormément aux biotechnologies, à Internet et aux grandes questions actuelles telles que l'immigration ou les relations internationnales, quitte à partir (parfois) de principes faussés du point de vue scientifique (cela dit, je ne vais pas passer derrière pour faire l'inquisition, après tout TGCL, ta gueule c'est de la littérature, sur le modèle du fameux TGCM : ta gueule c'est magique, pour tout phénomène en fantasy difficilement justifiable autrement).
Par contre, comme Weber, il a parfois tendance à "dérailler" (du moins, je considère que c'est vraiment dérailler) et à mettre une Théorie du Grand Tout au-dessus de l'histoire elle-même, quoique ce soit dans une mesure moindre que pour l'auteur des Fourmis. C'est encore supportable dans sa trilogie et d'autres livres que je mentionnerai une autre fois, mais je n'ai plus réussi à lire quelque chose de lui après Graine d'immortels... Certainement un tord, mais c'est comme ça.

Perdido Street Station, en deux tomes (par China Miéville)

Sans conteste, mon coup de cœur de cette année. Je me suis littéralement abîmée les yeux à finir le second tome au point d'aller consulter un ophtalmologiste, c'est dire ! Dans un style détonnant et difficilement classable, tenant aussi bien de la fantasy que de la science-fiction, il s'agit d'un autre monde où se trouve une ville nommée Nouvelle-Crobuzon, rappelant à la fois Londres et New York au dix-neuvième siècle dans un cauchemard de Dickens. C'est une ville puissante qui domine toute la région où elle se trouve, elle-même étant dirigée par un gouvernement est élu au suffrage censitaire, et où les petits délinquants sont "recréés" (défigurés ou transformés de façon monstrueuse) dans des ateliers spécialisés...
Les décors sont tracés avec une très grande précision. Ils sont sombres, glauques et sont au moins aussi intéressant que l'intrigue elle-même: par moment, ces descriptions m'ont rappelé Balzac, même si je les ai trouvé, comment dire, moins éprouvantes à mon goût (en même temps, rien de tel parfois que d'étudier un livre au lycée pour en avoir un souvenir exécrable... ) Au début de l'histoire, un curieux étranger arrive en ville et demande à un scientifique marginal de l'aider à retrouver ses ailes...
Par ailleurs l'utilisation de la magie et de la technologies fourmillent d'excellentes idées, et je note enfin le vocabulaire très riche et soigné qui change de ces pavés écrits avec 500 mots à tout casser. Il y a enfin des mots de plus de trois syllabes à se mettre sous la dent, c'est un livre qui se mâche consciencieusement plus qu'il ne se dévore. Rien à voir avec un roman de gare lu en quatre heures.
Bref, je suis une très, très grande fan.

Par contre, j'hésiterais à en dire autant des deux livres suivants parus dans le même Univers: Les Scarifiés se tient bien, mais le Concile de Fer m'a paru un peu pesant, finalement. Disons que l'auteur a peut-être eu finalement les yeux plus gros que le ventre quand au sort de sa ville.

Les Flammes de la Nuit (Michel Pagel)

J'ai lu ce livre en troisième. J'ai du le relire quatre fois à toute vitesse pour faire bonne mesure et encore aujourd'hui je peux le relire sans me lasser. L'histoire se passe dans un pays de conte de fée, Fuïnor. Les années durent quatre cents jours, avec quatre saisons de cent jours chacune. Le soleil change de couleur tout les dix ans, le royaume connait une contrée pour la chasse, une autre pour les culture, une pour le château du roi, et tout est à l'avenant. Dans ce monde parfait va naître Rowena, héritière du trône (et sa mère meurt aussitôt, pour satisfaire à la tradition...) Le hic ? L'une des sept fée a prédit qu'elle serait stupide (comme toutes les femmes de sang noble). Un mystérieux enchanteur a modifié le sort à l'insu de tous: La princesse sera l'être le plus intelligent du monde de Fuïnor et les hommes lui obéiront, ou elle les détruira.
L'histoire aurait pu être très simpliste, mais finalement prends tout son intérêt dans la nuance des personnages. Il y a quelque chose qui tient de la Fatalité comme dans les tragédies grecques, dans ces destins inexorables où le libre-arbitre n'a pas sa place. Ce fut mon premier livre dont l'héroïne était vraiment au coeur de l'action, ni vraiment bonne ni vraiment mauvaise, quitte à prendre des décisions difficiles et douloureuses, plutôt qu'une potiche tout juste bonne à attendre d'être embrassée par le prince charmant (ou alors que des qualités et aucun défaut, ce qui n'est pas mieux). ça change agréablement de ce qu'on lit souvent lorsque l'auteur manque de talent (cf un précédent billet sur une bien mauvaise surprise littéraire...)

Bon, je pense que ça fait déjà un petit choix pour me rattraper sur le titre du blog, non ?

6 commentaires:

  1. Voilà, un article et rubrique comme je les aime.
    Merci, des conseils.
    Les critiques de professionnels, on ne sait jamais qu'est-ce qui se cache derrière leur choix.

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  2. en même temps, ce qui est pour moi un bon bouquin ne l'est pas forcément pour tout le monde... j'ai regardé pour Chronique des stryges, sur le web je suis la seule à ne pas pouvoir le supporter apparemment. Je me demande bien par quel miracle...

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  3. cool, un blog de scientifique qui parle de science, de science-fiction et de fantasy!! Un vrai fantasme bloguesque pour moi :) Tu es mariée? ;-P

    Je vais chipoter un peu sur un point:
    "correspond à ce que l'on appelle le courant steampunk: partir d'une période historique et réécrire l'histoire d'une façon qui diverge de la réalité"

    Ce que tu décris là, ça correspond plutôt à de l'uchronie. Le steampunk, c'est plutôt une forme de science-fiction inspirée de Jules Verne, avec la base technologique et les délires du XIXe siècle (comme Wild Wild West). On y mêle parfois un peu de magie, mais c'est pour le fun.

    Quoiqu'il en soit, ce billet est assez alléchant. L'âge de la Déraison en particulier me semble chanter comme une sirène. Faudra voir, de moi ou de lui, lequel dévorera l'autre…

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  4. Je me base sur la définition de Cartographie du Merveilleux, qui présente les différents de la "fantasy" (mais ça fait déjà un bout de temps depuis ma lecture et sa parution, vers 2001 environ). L'âge de la Déraison fait assez largement appel au "surnaturel", même s'il est encadré et rationnalisé par les esprits des lumières de l'époque (Newton, Benjamin Franklin, Voltaire et Buffon entre autre).

    de pures "uchronies" sans ajout de surnaturel quelque part, je ne crois pas en avoir déjà lu, en y repensant :)

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  5. Bah, y'en a pas mal. Tout dépend évidemment de ce qu'on appelle "surnaturel"

    Dans Chronoreg, il n'y a pas de magie, mais une drogue qui permet à son utilisateur de se projeter dans le passé (et donc de jouer avec le concept d'uchronie). Le concept est tiré par les cheveux, mais il ne se présente pas comme surnaturel.

    Dans les uchronies (des nouvelles publiées chez Solaris) d'Alain Bergeron, pas de trace de surnaturel non plus.

    Ce sont les premiers exemples qui me viennent à l'esprit (les premières uchronies que j'ai lu d'ailleurs).

    C'est du côté du steampunk que c'est plus compliqué. En y rependant, les steampunks (dans ma définition) ont presque tous un élément "uchronique" obligé. Forcément, puisque quand on décrit un XIXe siècle avec une technologie issue des délires de Jules Vernes, plus une touche de magie, l'histoire peut difficilement se dérouler de la manière que nous la connaissons...

    Enfin... c'est pas comme si les étiquettes qu'on accole aux genres étaient d'une importance capitale. Les auteurs s'en foutent un peu des cases dans lesquels on les mets, et quand c'est bon on s'en fout un peu nous aussi.

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  6. oui... On n'est pas entrain de faire un arbre phylogénétique (encore que, des fois on trouve des cas vraiment bizarroïdes).

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