lundi 20 juillet 2009

Chroniques des stryges et trauma littéraire

Honnêtement, les traumatismes en littérature, je connaissais déjà.

Pour la plupart ils m'ont été bénéfiques. je n'ai jamais regretté d'avoir ouvert un livre: 1984, tout Lovecraft, et ainsi de suite. Dans le pire des cas, ça fait au moins passer le temps, même le livre n'apporte rien.

Et bien, j'en suis arrivée à mon premier livre que je regrette d'avoir lu.

Pas le premier que je regrette d'avoir acheté _des livres moyens "bof", j'en ai_mais aussi mauvais que ça, non, je dois dire que ça ne m'arrive pas souvent. Pour ne même dire jamais.

Résumons le 4eme de couverture: Lemashtu Dracul, futur roi des vampires est réfugié à Londres, est âgé de quinze dans un pensionnat de luxe, mais il est isolé de ses camarades pour éviter les accidents. Ses mentors sont d'affreux pète-secs (stryges, enfin ici c'est comme que l'auteur appelle les vampires) et au service du Vatican (rien que ce passage-là, j'aurais du me méfier... Mes seules excuses sont que j'avais besoin de tuer le temps et que le livre était au rayon adulte, pas enfant)

Ses mentors sont extrêmement stricts et arrachent toutes les pages ayant trait au sexe de près et de loin dans ses manuels. C'est tout juste s'ils ne veulent pas lui coller une ceinture de chasteté pour qu'il se tienne tranquille. Oh, non que Lemashtu soit exactement un gros obsédé, enfin, si, mais c'est pas de sa faute hein, c'est due à sa condition innée de vovoïde (oui il est né comme ça, c'est pas sa faute) : il attire irrésistiblement tout personnage de sexe féminin et s'il se laissait aller lui-même finirait par les tringler sur la table de la cantine (rigolez mais je n'exagère pas, je reformule, c'est tout).

Ah, et aussi : les voïvodes ont un truc sur la poitrine qui rappelle une croix décapitée: Nom d'un chien, c'est des bisounours vampires ! Mais c'est bien sûr ! Sisi, et en plus s'ils sont très amochés ils s'en servent pour voler toute l'énergie vitale des gens alentours ! Avec forces effets spéciaux et sifflements évidemment.

Déjà ça, lorsqu'on a dépassé l'âge ingrat et qu'on aime vraiment la littérature fantastique, vous avouerez que ça commence à faire beaucoup. Mais continuons, car si ce genre de détail peut déjà me pousser à me cacher pour livre ce genre d'ouvrage, ce n'est pas tout:

corolaire de ce genre d'"oeuvre", les personnages féminins sont plats. Pas comme des limandes attention, c'est pire.

Les deux seuls personnages féminins du livre (en fait trois, mais le dernier j'y reviendrais après) sont donc deux filles de ce pensionnat pour privilégiés: une française et une espagnole. La française est très jolie, ne s'intéresse pas aux vampires et est blonde (désignée souvent d'ailleurs comme la "jolie française" ou la "jolie blonde" à intervalle régulier). Sa copine est espagnole, s'habille comme un sac et connait à peu près tout sur les stryges.

Passe encore.
Sauf que la blonde est juste bonne à se faire sauter par le héros et à tomber amoureuse de lui (c'est déjà à mon sens un progrès par rapport à Twilligt qui ai-je appris a été rédigé par une mormone. Cela dit attention, il doit éviter de devenir un pervers donc à mon avis sa vie sexuelle sera particulièrement frustrante: Beau gosse, souplesse et agilité supérieure à la normale mais rien d'autre que le missionnaire... rhalala. Mais je ne ferais pas la comparaison audelà avec le best-seller américain car j'ai réussi à y échapper donc voilà)
et en plus c'est une française.
Quand à l'espagnole, plutôt que piquer une crise de jalousie carabinée et de nous jouer ça en tragédie grecque (vous allez me dire que de toute façon c'était mal barré pour, vu le reste du bouquin) évite royalement le conflit et pour reprendre les mots du bouquin, elle rêvait de prononcer les mots "je t'aime pour toujours maître". Rien que ça.

Evidemment, à ce moment vous comprendrez que je commence à transpirer et à avoir la machoîre un poil crispée non par excitation sexuelle mais bien parce que je suis vraiment heureuse que personne ne sait que je lis ce livre-là. Si j'attrape un jour l'ado prépubère qui a écrit ce torchon, il va passer un sale quart d'heure. Et en anglais s'il vous plait. Voilà ce que je pensais à ce moment là. C'est mérité non ?

Passons donc sur les deux bonasses de service.

Quoi d'autre ? ah oui. Lemashtu est gentil dans le fond et en plus il est mignon mais ça vous l'aurez deviné tout seul.

Finalement je ne résiste pas à vous décrire la scène la plus cocasse du bouquin qui est aussi la dernière: Vous voulez connaitre le moyen le plus efficace pour détruire un voïvode ? Bande de petits malins, je vous vois déjà sortir l'aïl, le pieu, le loup-garou, le régent tremere pour ceux qui savent ce que c'est... Et pourquoi pas un crayon comme dans Buffy pendant que vous y êtes malheureux ? Personne ne veut proposer le fusil à pompe ou la tronçonneuse aussi ?

Pas la peine de me rendre de copie, c'était rhétorique. Je suis sûre que vous n'auriez jamais pu trouver: Il faut l'attacher sur une croix, lui donner à boire le sang des inquisiteurs présents, lui asperger le torse de cire chaude (horrible n'est ce pas) et lui enfoncer des carreaux d'arbalète dans les membres (je suppose que l'auteur manquait d'imagination à cet instant car c'est presque du niveau de la tronçonneuse cité plus haut).
Et ensuite me direz vous ? c'est de la cire bénite en fait ? Non... La suite consiste à trouver une jeune vierge consentante qui ira retrouver sa robe, se mettre à 4 pattes et trémousser son cul devant lui pour qu'il devienne dingue (simple interrogation féminine et très naïve de ma part, un mec avec des flèches ou des carreaux d'arbalète peut-t-il vraiment bander comme ça ? La réponse m'intéresse à titre scientifique).
Et ? Eh bien le vampire qui est un gros obsédé à la base va devenir tout fou et devenir un méchant violeur de hamster pédophile. Voilà. Les inquisiteurs laissent ensuite les autres vampires le buter à leur place (ouais... si ça ne vous parait pas la solution la plus fiable et la plus pragmatique vous inquiétez pas, ça m'a fait le même effet).

Arrivé là heureusement que c'est la fin du bouquin (rassurez-vous, Lemashtu est pur et gagne à la fin, ce qui signifie qu'on risque de nous infliger encore ce genre d'ouvrage).

Je vous laisse imaginer mon état d'esprit: Dissimuler à la terre entière avoir jamais possédé et surtout lu ce truc jusqu'au bout et refouler tout ça avant d'exploser, de prendre un dico et de rédiger une lettre d'insulte bien sentie au fils à papa d'éditeur prépubère qui a publié cette bouse sans avertissement. C'est pas la langue de Shakespeare (qui est vraiment mort de chez mort sur ce coup-là) qui va m'arrêter. Franchement, je n'avais jamais envisagé d'écrire de lettres d'insultes ou de menace auparevant (s'agirait pas qu'il récidive non plus).

Quelle n'a donc pas été sur ma surprise à la fin de découvrir que l'auteur est en fait une femme (!) française (!) qui remercie "Lovecraft, Philip K Dick et Lewis Carrol à l'origine de ses premiers émois littéraires". Et qui habite Lyon. et qui a publié pas mal de nouvelle entre 2004 et 2008 donc ce n'est pas une ado. Et zut pour les contrôles du net tout ça: Si vous croisez cette personne (pseudo: Li-Cam), insultez-là copieusement de ma part.

Je pense que je vais m'en remettre un jour hein, faut pas s'inquiéter là-dessus mais non d'un chien, ça m'a coupé toute envie de faire preuve d'ouverture d'esprit envers les livres sur les vampires pour un bout de temps ce torchon...

8 commentaires:

  1. Bonjour Epeire,
    Ton article m'a fait sourire. Et j'aime ça.
    Des bouquins, j'aime. Tu as pu le constater dans quelques références que j'en fais.
    Je n'ai pas eu l'occasion de lire beaucoup dans ma carrière à part les bouquins techniques. En vacances, c'était tout autre chose. Je suis tombé sur du bon et du moins bon. Je prends très souvent un livre en main avant de l'acheter. Je suis un dévorreur de livres par sondages et survols.
    Pour les vacances, j'aime quelques thrillers avec certains auteurs du genre.
    Je ne sais si tu connais Jean-Christophe Grangé.
    Le dernier que je viens de lire, je le conseille. Très bien monté. Il s'agoit de "Le Serment des Limbes".
    Une histoire satanique mais qui cherche à en sortir.
    D'autres bouquins qui sont bien construits sont ceux de Dan Brown. Ecrire demande un scénario bien ficelé. J'ai fait aussi un essai avec mon "Grand Maitre virtuel". Je l'ai fait sans scénario. Je savais où je voulais arriver et j'ai laissé aller mon imagination, jour après jour lors de vacances. Comme quoi... tout peut fonctionner ou rater complètement.

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  2. Une discussion chez AV, sur les livres d'une écrivaine belge
    http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/ma-vie-ratee-d-amelie-nothomb-59098

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  3. Tiens, oui, je l'ai raté. J'irais voir ça bientôt. Je retiens ton conseil pour le livre, mais là j'ai encore la science du disque monde à lire ;) terrain connu, mais avec Terry Pratchet au moins je ne prends pas le risque d'ête déçue.

    Et qui sait, après Anne Rice je finirais bien par tomber un jour sur un livre parlant de vampire qui ne sera pas ridicule, on peut rêver :D

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  4. Je me suis procuré le dernier tome de la trilogie "Nous les dieux" de Bernard Werber: "Le Mystère des dieux".
    J'en ai parlé dans un de mes articles. Il fallait bien que je me décide à le lire.
    Après le cycle des Fourmis, cela pourrait être intéressant. Affaire à suivre

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  5. Première approche, c'est pas trop mon style de lecture et d'écriture.
    Je ne suis pas seul à le dire:
    http://blog.guillaume.lelarge.info/index.php/post/2007/10/16/Le-mystere-des-dieux
    Poétique, peut-être, mais souvent décousu.
    Wiki dit même qu'il ya des erreurs Vitesse de la lumière: 300.000 m/s.
    Comme quoi.... en attendant je continue

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  6. je ne l'ai pas lu celui-là. J'en ai lu un certain nombre de Weber, et il a un gros défaut : Grosso modo, c'est la même formule un peu à chaque fois (passe encore) mais en plus il a unes espèce comment dire, de Théorie qui structure toute l'histoire et qui est supérieure en puissance à l'intrigue, aux personnages même (ah... l'héroïne de la révolution des fourmies, tu vois, la lycéenne anorexique qui ne supporte pas qu'on la touche et qui retrouve la santé par magie dès que l'action commence vraiment ?)

    Ce n'est pas le seul auteur à agir ainsi note: Pierre Bordage que je te recommande chaudement (les fables de l'Humpur, mais surtout la trilogie des présages évangiles du serpert/l'ange de l'abîme/les chemins de Damas) finit par tomber dans le même travers du "j'ai un grand Tout qui donne une justice à l'histoire".

    Ma belle-mère qui travaille avec pas mal d'autres nationalité m'a laissé entendre qu'elle n'était pas surprise... D'après elle cette hiérarchie idées > pragmatisme est propre à la culture française (francophone ?), contrairement aux anglos-saxons qui ont moins de complexe... Pour lire énormément d'auteurs anglo-saxons (traduits) je suis bien près de la croire.

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  7. Epeire,
    C'est tout à fait exact. Tu n'as pas vraiment d'intrigue. Le leitmotiv est assez facile à découvrir.
    Les théoriciens, j'aime mais il faut sortir de la théorie. Etonner pour détonner. L'allégorie, j'aime et je la pratique quand il faut pour passer un message, mais il faut à un moment donné revenir les pieds sur terre. Merci, pour le conseil.
    Je dois avouer durant ma carrière professionnelle, j'ai eu plus de bouquins de technique et technologie que de romans, donc, je suis « timide » de ce côté mais je me soigne.
    C'est loin d'être une généralité. Souvent, je vais dans un grand magasin et je m'installe pour survoler les bouquins. Mais je regarde ceux qui font la même chose. Là, on peut être déçu de l'intérêt.
    Je ne sais si tu as été lire les commentaires sur l'article d'AV et d'Amélie Nothomb que je signale plus haut. Là, il y avait au départ un intérêt de l'expérience de vie. La comparaison de la vie occidentale et orientale, voilà le secret.
    Mon dernier commentaire est resté sans réponse. Est-ce que le jeune auteur acquiesçait sans le dire? Une structure, une trame bien construite avec rebondissements, voilà un secret de réussite.
    Je remarque que tu as une certaine admiration pour ta belle-mère. Je comprends et suis admiratif.

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  8. Chacun voit midi à sa porte dirons-nous.
    Bonne soirée ;)

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