mardi 5 juin 2012

Promotheus: la comédie où des gens reçoivent leur diplôme dans une pochette surprise.

Prometheus, plus connu sous le nom de Promethée, était un titan qui prit pitié de ces pathétiques singes sans poils que nous sommes et décida de leur offrir le feu, histoire que nous puissions nous consoler de notre absence d'ailes, de griffes ou d'un os pénien de 63 cm avec un bon cancer du poumon.

Zeus et les autres dieux, assez mécontents qu'il ait choisi de voler leur briquet magique, l'attachèrent à un rocher où un aigle vint tout les matins lui dévorer le foie, qui repoussait d'un jour sur l'autre.

Je passerai sur la cruauté infligée à un malheureux volatile qui n'avait rien demandé, obligé de manger du foie tout les jours de sa vie, ce qui n'est décidément pas très équilibré même pour un carnivore.

La morale de cette histoire tourne autours de notions telles que "n'allez pas imiter les dieux ou cela vous retombera dessus" tout ça. (ou alors, veuillez payer les droits d'auteur et de brevet sur l'utilisation du feu parce sinon c'est illégal).

Bref, ce n'est absolument pas ce dont j'ai envie de parler donc nous allons laisser tomber la mythologie grecque. D'ailleurs la vanne sur les foies, je ne me souviens même pas de l'auteur, si vous le retrouvez, ça m'intéresse.

Je vais donc faire une petite série dans les jours qui viennent pour parler de tout ce qu'on peut faire avec une archéologue créationiste, la petite douve du foie, mille milliard de dollars et pleins de pochettes surprises. Et aussi avec beaucoup d'air et un total de 1360 points de QI.

lundi 26 mars 2012

Machete VS FFXIII, le conflit des limites d'âge

J'ai la sale manie de lire tout et n'importe quoi et en compagnie de n'importe qui. Petit aperçu non exhaustif:

La composition des chewing-gum dans la queue au super-marché.
Les catalogues de construction (avec les pavés de toutes les couleurs, les types de portails et d'arroseurs automatiques).
Les articles du figaro et ceux de libé.
Jusqu'aux commentaires des articles de rue89.

Fatalement, il a fallu qu'après avoir regardé un film dont le contenu intellectuel est relativement difficile à défendre, Machete, j'examine la boite pour retrouver au dos, en petits caractères, l'âge minimal conseillé pour visionner le film.
12 ans.

Et c'est là que m'assaille un sérieux doute. Je saisis la boîte de Final Fantasy XIII, et c'est bien ce que je pensais, je n'avais pas rêvé.
Déconseillé aux moins de seize ans.

VS




Évidemment, si vous n'avez pas eu de contact avec les deux "oeuvres" en question, mon étonnement n'est pas très communicatif. (Je conçois que tout le monde ne soit pas amateur de séries B ET de jeux vidéos). Voilà donc un petit tableau récapitulatif pour comprendre là où je veux en venir:

paramètres\oeuvres                              FFXIII                                                  Machete
support                                                   jeux vidéo                                               film
combats                                                  oui                                                          oui
Présence de monstres imaginaires       oui (majorité des ennemis)                       non
vue du sang                                            non                                                         oui
scènes gores (torture ou barbarie)       non                     oui (femme enceinte assassinée, prête crucifié dans son église, etc)
scènes de nu ou de sexe                       aucune                                                    oui
âge conseillé                                         16 ans                                                     12 ans
attestation par                                      PEGI                                                        CSA


Je ne sais pas pour vous, mais j'aurais plus envie de laisser un gamin de, disons, 14 ans jouer à FFXIII que regarder Machete. Pour en rajouter une couche, la version suédoise de Millénium comporte une scène de viol difficile à regarder même pour des adultes. Watchmen présentait une scène de mutilation à la tronçonneuse pas franchement saine non plus. âge légal ? Douze ans, là encore.

Explication: les organismes régulateurs ne sont pas les mêmes. La PEGI s'occupe des jeux vidéos à l'échelle européenne. Le CSA fixe l'âge limite pour les programmes diffusibles à la télévision ( A ceux qui trouvent peu probable d'un film de série B comme Machete passe un jour à la télévision, je rapelle qu'il existe des bouquets satellites où l'évènement serait moins improbable).

Je me souviens très clairement que Final Fantasy VIII, auquel j'ai joué lorsque j'avais treize ans, avait une limite d'âge fixée à douze ans, avec un niveau de violence tout à fait similaire à ses sucesseurs. Ma foi, ça ne m'a jamais empêché de fermer l’œil la nuit et je n'ai agressé personne, ni tenté de monter sur une autruche (oui, la mascotte de tout les FF est un genre de grosse autruche jaune).

Cela ne présage pas des qualités d'un film, ou d'un jeu vidéo (on a déjà vu des bouses non violentes et des chefs d'oeuvres gores). Mais je plains sincèrement les parents qui essaieraient de se fier à ces signalétiques.

sources des images: http://edgydog.wordpress.com/2009/04/08/des-details-sur-la-demo-de-ffxiii/ pour l'artwork de FFXIII
et http://blog.fnac.ch/2010/12/13/machete-ou-rodriguez-en-roue-libre/ pour l'affiche de Machete



dimanche 11 mars 2012

Au pays des Gnous bleus


« Ce n'est pas normal », « Ils ne sont pas normaux », « C'est devenu la norme », (de manger avec les doigts / de regarder des dessins animés de poney passé l'âge de dix ans / de parler de ce qui est normal et de ce qui l'est pas partout)

La normale est un terme qui m'escagasse au même titre que dire « X est dans l'ADN d'une société/sous-culture/parti politique ». De la novlangue à côté de la plaque que tout le monde utilise hors de son contexte sans savoir ce que ça veut dire.

Alors aujourd'hui nous allons voir ce qui se cache derrière le mot « normal » parce qu'après avoir enduré la journée de la femme et que tout le monde y aille de son avis pour dire ce qui est normal ou pas, fallait que ça sorte. Puis ça fait un bon prétexte pour utiliser un logiciel de statistique dénommé R et j'avais envie de l'utiliser un peu, ça tombe bien.

Reprenons depuis le début : Carl Friedrich Gauss est un mathématicien allemand qui vécu de 1777 à 1855 et qui était, c'est peu de le dire, particulièrement balèze. C'était à la fois un mathématicien, un physicien et un astronome. Il est impossible d'étudier l'un des trois domaines sans retomber sur lui à un moment ou un autre. Et la loi normale, c'est son œuvre, enfin, d'autres personnes ont participé à sa conception mais c'est surtout de son nom dont on se souvient.

Voilà, c'est dit : la norme est une loi mathématique. Comme pour tout ce qui associe « loi » et « mathématique » dans la même phrase, on a envie de se dire « abandonnez tout espoir en entrant ici, pauvres pêcheurs », (citation peu ou prou gravée à l'entrée des Enfers selon la Divine Comédie de Dante et Devil May Cry de Capcom).

Détendez-vous, il s'agit juste d'une loi de probabilité, et sa compréhension est très intuitive (Cependant, je ne vais pas indiquer les formules qui lui sont associées pour éviter de vous faire peur).

Exemple : Prenons un troupeau de gnous et demandant donc à Babette l'une des gnous, de nous parler de son troupeau. Comme il y a deux espèces de gnous et que le dimorphisme sexuel est assez marqué chez eux, nous ne nous occuperont que des gnous bleus femelles.
«  - Bonjour Babette.
-Yo.
- Aujourd'hui, je voudrais parler aux gens qui s'égarent ici du poids des femelles gnous bleus.
- Alors c'est simple : mes congénères de sexe féminin font généralement entre 120 et 180kg.
- Ce qu'on doit pouvoir reformuler sans dire de bêtise, avec une moyenne estimée à 150kg, avec un écart-type 30 kg ?
- Exactement.
- Est ce que cela veut dire que tout les individus font entre 120 et 180 kg ?
- Eh bien non, car il y a toujours quelques individus rachitiques ou très costaud qui se trouver hors de ses bornes. Ces valeurs mesurées sont des généralités et non des obligations ! »

Remercions ici Babette et laissons-la brouter dans la savane. Je vais maintenant utiliser R pour faire une petite simulation (et oui, je suis une femme qui simule des troupeaux de gnous, c'est comme ça).
Je commande donc 2000 gnous bleues avec une moyenne de 150kg avec un écart-type de 30kg (je mets les formules de R à destination des malheureux qui voudraient vérifier que je n'invente pas n'importe quoi):
GBF=pnorm(2000,150,30)
R a attaché derrière le sigle « GBF » 2000 poids de Gnous Bleus Femelles. Je vous épargne la liste des valeurs, c'est ennuyeux et ça prends de la place pour rien.
Et j'en fais un joli graphique représentant les individus regroupés selon leur poids.

hist(GBF,freq=FALSE,main="Distribution du poids de 2000 GBF et la courbe associée",xlab="poids des gnous",yaxt="n",ylab="nombre de Gnous concernés par tranche de poids")
lines(N,dnorm(N,150,30),col="red")

Ce qui nous donne :


Il y a deux choses sur ce graphique : d'abord la répartition des gnous théoriques selon leurs poids (les rectangles) et la courbe de probabilité (un pourcentage entre 0 et 1) de tomber sur un individu faisant ce poids si on en choisi un au hasard. C'est pour ça que je n'ai pas mis d'échelle d'ordonnée, y a deux trucs différents ici.

Comme prévu, la majorité des GBF se rapprochent peu ou prou des 150kg. Mais on peut aller plus loin.
Imaginons que Babette décide de peser une congénère, au hasard (situation certes improbable car Babette a d'autres lions à fouetter), ou pour un documentariste de filmer la première gnou qui arrive devant son objectif.
La loi normale permet de dire qu'à partir de cette distribution, la probabilité de tomber sur une gnou bleue de 150 kg est de …
>dnorm(150,150,30) #probabilité de trouver une gnou de 150kg si on a une moyenne de 150kg à 30kg près.
Ce qui nous donne... 1,3% !
Mais que s'est-il passé ?
C'est simple : nous avons là la probabilité que la gnou fasse pile 150kg, et pas 149,9 ou 150,1kg. Le poids est une donnée continue après tout (contrairement au nombre de petits que peut avoir une Gnou, qui aura du mal à avoir 1,5 petits dans sa vie). Comme si vous alliez choisir un pixel sur la courbe rouge (correspondant à la ligne verticale bleue du graphique ci-dessous).



Car en statistique, il faut opposer les machins continus (poids, taille, âge exact du capitaine) des machins pas continus, dits discrets (nombre de doigts, petits par portées, faces d'un dé, etc). Essayer de prendre un point précis sur une série de valeurs continues (notre poids des gnous), forcément ça ne donne rien.

Reprenons avec un intervalle pour avoir des résultats qui correspondent à une situation crédible: entre 145 et 155 kg (toutes les gnous qui se trouvent entre les deux barres bleues sur le nouveau graphique).


Je calcule ça comme ça:
Poids des gnous entre 145 et 155kg: 
> pnorm(155,150,30)-pnorm(120,145,30) #Ce qui veut dire "prenons la probabilité qu'un individu fasse entre 0 et 155 et enlevons lui la probabilité qu'il fasse entre 0 et 145kg, il restera juste la proba qu'il fasse entre 145 et 155kg.
La surface occupé par le graphique et donc la probabilité passe à 36%, ce qui est déjà plus concret. Deuxième essais entre 120 et 180kg ? 68% des gnous et des poussières. En plus ça tombe bien, 68% des gnous c'est pile la valeur qu'on devait retrouver dans un intervalle de [moyenne- écart-type ; moyenne + écart-type]. Le monde est bien fait je vous jure. Et sans faire le moindre calcul, je peux vous dire qu'avec l'intervalle Gnouesque [moyenne-1,96*écart-type ; moyenne+1,96 *écart-type] j'aurais pile-poil 95% des poids de gnous. C'est beau les statistiques.

Maintenant, une autre question très importante :
 est ce que c'est bien, pour une gnou bleue femelle, de peser entre 120 et 180 kg ?

Ça dépend. Une gnou de petit poids aura moins besoin de manger, qui est un avantage indéniable en cas de famine. Mais elle sera aussi plus vulnérable face aux prédateurs. Inversement, une gnou de 250 kg sera un individu balèze dans la savane, et les lions choisiront sûrement une proie plus maigrichonne et plus facile à attraper, mais devra manger beaucoup plus.
En l'état actuel de la savane, peser entre 120 et 180 kg est donc un compromis imposé par la génétique et les ressources disponibles (c'est bien beau d'avoir des gènes permettant d'atteindre les 500 kg mais s'il n'y a rien à se mettre sous la dent, l'animal n'ira pas loin).
Mais si les conditions changent, alors les individus hors-norme se retrouvent beaucoup plus avantagés. Et via la sélection naturelle, la norme va changer et ce qui était hors-norme sera la norme. Mais ce phénomène prendra un certain temps et l'ancienne « norme » persistera quelques temps (années ? Décennies ?) avant de disparaître.

Les Gnous ont de la chance : ils n'ont à se préoccuper que de la sélection naturelle (t'es pas adapté = tu meurs sans te reproduire) (et être adapté à une situation ne veut pas dire être dans la norme, puisque l'adaptation optimale change au fil du temps).
Les humains eux, adorent surveiller leurs semblables pour qu'ils soient dans la norme. Pourquoi ? Vaste question. Pour se tenir chaud ? On n'est pas des manchots empereurs entrain de couver. Pour survivre ? Pour réduire une menace ? Bof. Pour qu'une minorité puisse exercer sa domination sur une majorité ? Genre que ce qui était pas normal le devienne ? Ça ne nous dit pas pourquoi cette minorité voudrait être dans la norme à tout bout de champs. On pourrait très bien se foutre d'être dans la norme. Mais la plupart des individus n'y arrivent pas. Un reste d'instinct qui, privé de son contexte d'application, ne sert plus à rien et nous enquiquine plus qu'autre chose ? Peut-être.

lundi 6 février 2012

Recette de rôliste: pâte à tartiner d'Arlequin ultra-facile

Dimanche, c'était à nouveau une partie de JDR Shade au programme.

Comme c'était la semaine de la Chandeleur, c'était bien évidement crêpes et petit brainstorming pour savoir quoi mettre dessus.

Comme le monde de Shade n'a plus de Lune (le satellite a disparu on ne sait trop où) et que les ombres y tiennent un rôle premier, ma première idée a d'abord été de faire des crêpes noires. Oui, oui: Noires. Pas maronnasses avec du cacao non, noires par une bonne dose de colorant alimentaire pour des crêpes de nouvelle lune. Je vous rassure, les autres joueurs m'ont vite fait changer d'avis: le concept est rigolo, mais le cerveau humain et ses repères étant ce qu'ils sont, le résultat n'aurait pas forcément été super appétissant...

Finalement, traîner sur le net m'a redonné un peu d'inspiration: J'ai innové sur les pâtes à tartiner. Comme la session se déroulait en plus dans une cité comparable à Venise, j'ai eu encore envie d'utiliser des fruits confits pour faire une première pâte à tartiner à thème.

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a ici besoin d'AUCUN matériel... Ou presque. Si si, même pas besoin d'une casserole.  Juste un bol. Vous achetez les éléments, vous les mélanger et pouf, c'est prêt. Niveau difficulté, c'est donc un tirage de dex + cuisine difficulté très facile (si vous avez deux en DEX et 0 en cuisine, ça passe).

Pâte à tartiner Arlequin ultra-méga-super-simple


  • 1/2 de pot de purée d'amande sucrée (trouvable en épicerie bio, à remplacer éventuellement par de la purée d'un autre oléagineux comme la noisette)
  • 3 grosses cuillers à soupe de fromage blanc (fonctionne avec du 0% pour votre bonne conscience)
  • 100gr de macédoine de fruits confits
  • 2 cuiller à soupe d'huile sans goût
  • facultatif: épices (cannelle, gingembre), arômes (vanille, extrait de café, liqueur, etc etc)


Mélangez les fruits confits et l'huile, puis placez-les sur deux couches de papiers absorbants et frottez les pour éliminer l'excès d'huile. C'est une précaution pour éviter qu'ils collent entre eux et face des grumeaux. De même ils devraient être plus visible dans la pâte, mais je pense que vous pouvez en faite vous en passer (j'avais pas assez de temps ou de matière première pour tester sans cette étape en fait).
Mélangez  le fromage blanc et la purée d'amande, ajoutez la plus grosse partie des fruits confits, assaisonner avec les éléments facultatifs. Goûter pour rectifier le goût éventuellement. (sucre si pas assez sucré, fromage blanc dans le cas contraire, cuiller à café de rhum...) . Prêt à utiliser. Trop dur.

Ajouter les derniers fruits confits sur le dessus pour décorer. Retourner peaufiner votre scénario/votre fiche de personnage/les petits papiers pour poignarder dans le dos vos amis pjs. S'il y a des restes de pâte à tartiner, les consommer assez rapidement (se conserve au frigo quelques jours, pas plus).


jeudi 2 février 2012

Révolution ?

Aujourd'hui, quelqu'un m'a fait découvrir un article du Monde très intéressant sur une possible "révolution de la théorie de l'Evolution".

Avant tout, notons pour une fois que le concepteur de la dite révolution n'est pas un créationniste ou un hurluberlu sorti de nulle part mais un directeur de recherche au CNRS, Mr Etienne Danchin.

Je vous conseille très fortement de lire l'article bien évidement.

C'est fait ? Bien. Sauf que, contrairement au journaliste ayant choisi le titre, j'ai vraiment du mal à voir où se cache la révolution... Mais j'ai peut-être eu un peu trop le nez dans le guidon.

Voici un petit résumé des idées émises, si vous êtes vraiment trop paresseux pour cliquer sur le lien (oui oui, j'insiste).

  • Les facteurs épi-génétiques sont très importants (tout ce qui peut influencer les gènes et leur fonctionnement via l'environnement en gros) 
  • Les facteurs culturels comme les chants d'oiseau, qui pour une espèce donnée peuvent varier d'une zone à l'autre au point de d'avoir des "accents" différents, pas forcément identifiable par un partenaire en connaissant une autre version.
  • L'environnement: si Papa et Maman ont conquis un large territoire, vous aurez plus de bouffe donc deviendrez plus fort et pourrez à votre tour conquérir un large territoire, et ainsi de suite. Si votre voisin a de meilleurs gènes que vous mais qu'il a été mangé car son nid était plus exposé, c'est dommage pour lui, mais c'est comme ça.

Cela parait assez évident non ?

Non.

Avant tout, cela ne remet pas en cause la théorie de l'Evolution dans ce qu'elle a de plus strict (je cite la structure de la théorie de l'Evolution de Stephen Jay Gould ):


  • Les ressources à disposition sont limitées par rapport au nombre d'individu.
  • Ces individu sont tous différents.
  • Ces différences sont transmissibles à la descendance.


Darwin ne connaissait pas les gènes et encore moins l'ADN. (découvert respectivement par Mendel en 1866 et par Waston et Crick en 1953). En plus,  personne n'a fait le lien entre les travaux de Mendel et Darwin pendant très longtemps. La recherche du support d'une information héréditaire a fait couler énormément d'encre et de théories qui paraissent aujourd'hui plus ou moins fumeuses (mais quand on ne sait pas ce qu'on cherche, ça se comprends) dans les décennies qui suivirent la publication de l'Origine des Espèces (1859).

 En fait, ce n'est pas le fondement de la théorie de l'évolution qui est remis en cause, mais son cadre d'application: la théorie synthétique de l'Evolution, réalisé par plusieurs biologistes qui ont fini par fusionner les travaux de Mendel et de Darwin (en très résumé).

L'interprétation de ces transmissions a fait couler pas mal d'encre : Qu'est ce qui est transmissible et ne l'est pas ? Une malformation peut être d'origine génétique ou non. Et le caractère ? Et l'orientation sexuelle ? Ce ne sont pas franchement des questions évidentes. L'ADN a été identifié bien après les gènes. Ces interrogations autours de ce qui est réellement porté par les gènes (ou d'autres théories, abandonnées, sur l'hérédité)  a débouché sur des idées malsaines comme l'eugénisme (="bons gènes") sur la fin du XIXeme. Par exemple, les enfants  d'alcoolique deviendraient forcément alcooliques. Ou ceux d'un voleur auraient une très forte probabilité de devenir un voleur. Tout cela étant difficile à vérifier ou à contredire.
Vous êtes littéraires ? Vous avez sûrement lu quelques bouquins de Zola. Pensez à Nana , l'héroïne du roman de même nom (1880): une prostituée qui commence à aguicher très jeune tout les hommes qui passent, dont le père est devenu alcoolique. Présentée comme une mouche dorée qui colporte des miasmes à tout les étages de la société, le roman donne furieusement l'impression que la prostitution n'est pas un choix pour Nana mais une espèce d'instinct dans le sang. Ce qui est était une idée plus ou moins répandue dans l'air du temps.

Les principes eugéniques ont mené à stériliser de nombreuses personnes dans certains pays (USA, Suèdes). Principalement des marginaux, prostituées, criminels et compagnie, mais aussi des Tziganes.

L'eugénisme a été mis sous le tapis après la seconde guerre mondiale: Les génocides des Juifs/Tziganes/Homosexuels finalement, étaient aussi une application extrême de l'eugénisme: après tout, ces gens étaient atteint par des tares incurables dont leur descendance ne pourrait jamais se débarrasser, mais En plus ils pourraient contaminer les autres (comprendre: les Aryens) via des croisements. 

Et donc, on tombe parfois sur de beaux restes de cet eugénisme sous des formes plus ou moins masquées dans certains milieux, surtout en Amérique: tel agence qui propose des ovocytes de mannequin ou du sperme de prix Nobel, ou encore ces étudiantes qui vendent leurs ovocytes selon un prix fixé par leurs résultats au concours d'entrée à la fac.  Et de temps en temps, certains prétendent découvrir le gène de l'homosexualité, ou de l'agressivité... Et si vous laissez des gens analyser des gènes communs aux participants à un amphithéâtre d'un cours de biologie, vous finirez par découvrir le gène de la biologie, ricanait un de mes enseignants. Cela dit, ces concepts sur le comportement dicté par les gènes ont à peu près déserté les laboratoires pour gagner (une partie) de l'inconscient du public. Si vous saviez comme ça m'agace d'entendre des journalistes s'exclamer que telle chose est "dans l'ADN" d'une entreprise/d'un parti/d'une association...

 La proposition de Mr Danchin sort du cadre de la théorie synthétique pour une petite poignée d'espèce (des mammifères et des oiseaux, plus celles qui ont besoin de garder un territoire... Sur toute la biomasse existante, cela fait finalement peu de chose, bien qu'Etienne Danchin parle de la Drosophile dans son interview, mais je n'en sais pas plus sur le sujet). Un petit ajustement qu'il sera néanmoins très intéressant de prendre en compte pour des travaux ultérieurs.

De fait ce changement n'est pas une nouveauté révolutionnaire, mais était déjà en marche: 
 C'était déjà fait pour les humains: personne ne niera que la connaissance d'une technologie (faire du feu) est plus intéressante pour la survie qu'un modification génétique positive dont la transmission sera plus aléatoire (50% si un seul parent en bénéficie) et pas forcément plus efficace (voir le livre de Cavalli-Sforza qui explore le sujet, Evolution Biologique, Evolution culturelle). De nombreux scientifiques considéraient depuis longtemps que l'homme s'était affranchi de l'évolution via la Culture.

Le véritable cap, la Révolution est faire admettre au plus grand nombre que certains animaux ont aussi une "culture", des comportements transmissibles à leur descendance via l'éducation, ce qui a été rendu possible par des travaux en éthologie. 

Conclusion: un petit pas pour la théorie de l'Evolution, un très grand pas dans notre vision de l'animal...


Edit: Ce projet sera dérangeant pour certains, il faut bien le reconnaître. Personnellement, après avoir réfléchi sur cet interview quelques heures (oui, je suis parfois lente d'esprit), j'ai plutôt envie de m'exclamer "bon sang, mais c'est bien sûr". Le concept semble tellement évident une fois énoncé, mais pour cela il fallait déjà quelqu'un le fasse _ce qu'a fait Mr Etienne Danchin. Je modifie donc le nom de mon billet qui passe de "révolution, ou pas." à  "Révolution ?" avec un point d'interrogation.

Le changement de cadre est un élément déterminant tant pour représenter notre vision du monde ou pour ensuite faire de nouvelles découvertes, donner une interprétation des faits ou un modèle plus proche encore de la réalité.

Nouvelle conclusion: Un petit pas scientifique qui restait à franchir, mais si, c'est un grand pas pour l'application de la théorie de l'Evolution... 

mardi 31 janvier 2012

Réflexions stériles autours de la géo-climatographie imaginaire

Cette nuit, j'ai pas dormi.

ça, on s'en fout un peu je vous l'accorde. Je signale juste au passage qu'il ne faut pas faire de tarte au Maroilles si vous habitez dans un appart sans séparation cuisine/chambre. Ni recycler de boulette d'Avesnes le même soir. Pas de ma faute, j'avais des restes à transformer/congeler avant de partir en voyage. Bref ça puait tellement que j'arrivais pas à ferme l’œil. Par contre ça m'a amené à réfléchir à la géographie des mondes imaginaires. Hélas, ça fonctionne moins bien que compter les moutons, mais ça donne des idées intéressantes. Ou vachement reloue, selon les points de vue.

Qui dit pays, dit frontière. Qui dit frontière dit le plus souvent frontière naturelle. Et en même temps, la topographie influence le climat, donc la végétation, donc la culture locale.

D'ailleurs il existe un cliché reliant la mentalité dites "insulaire" de certaines populations à la forme de leur pays: Les Britanniques, les Japonais et les Corses n'auraient peut-être pas été ce qu'ils sont sans une vaste étendue d'eau entre eux et les autres peuples.

Mais encore ? La géographie influence le climat autant que la latitude. J'ai longtemps habité dans le Nord: d'abord à Maubeuge, puis à Lille. Maubeuge a un climat plus proche de celui des Vosges (plus froid, plus de neige) que Lille qui garde des températures plus douces avec un climat nuageux, des pluies régulières mais plus abondantes (il faut savoir qu'il pleut plus à Nice qu'à Lille. C'est juste qu'il pleut plus souvent dans la seconde ville que dans la première. Voilà le tableau comparatif de Wikipédia si vous en doutez encore).

Les civilisations humaines sont dépendantes à plein pots de tout ces paramètres là. Oui mais, lorsqu'un auteur invente sa petite civilisation imaginaire, il se préoccupe rarement de tectonique des plaques. A sa défense, ça n'a jamais fait la qualité d'une histoire. Seule exception à ma connaissance, Franck Herbert, qui a léché la partie écologie de Dune d'une manière particulièrement crédible.

Prenons quelques exemples (hors Dune) que je vous montre où je veux en venir.
Commençons par un classique: la carte de la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien. J'ai trouvé l'image sur ce site au fait.


Qu'est ce qu'on y voit ? Bon déjà Tolkien s'est rappelé qu'un fleuve prenait sa source en général dans les montagnes, ce qui est déjà une bonne chose en soit Bon. Mais en suite, l'emplacement des dites montagnes ? Je rappelle que les montagnes bloquent le passage des nuages en général. Du coup, les côtes à l'Ouest sont bien arrosées, mais pour la Forêt Noire et Fangorn (la petite forêt en dessous) je me demande d'où provient la flotte.
Idem pour la tectonique des plaques: les montagnes sont issues de la collision entre deux plaques, normalement vous êtes au courant. Ce qui explique les montagnes de l’Himalaya, c'est l'Inde qui rentre en plein dans l'Asie et pas le Saint-Esprit qui a voulu faire pousser des montagnes pour faire joli.
Conclusion: les montagnes ne tiennent pas la route.

Autre exemple: tiré du site la garde de Nuit (encyclopédie sur la série de romans Trône de Fer de Georges Martins)


En fait Martins a fait un truc que je trouve vachement plus cohérent: on sent que la péninsule Dornienne (en bas de l'image) doit pousser sur la chaîne montagneuse adjacente et la pousser à grandir. Et les massif montagneux plus haut ? Peut-être une autre collision avec le bloc encore plus au Nord, créant ainsi une bande de terre plus étroite au milieu de la carte. Un peu comme la zone d'Amérique Centrale autours du détroit de Panama.
Pour les massifs sur le haut de l'image, si ce ne sont pas que des questions de poussées de plaque, il pourrait aussi s'agir d'anciens volcans éteints qui se seront érodé au fil du temps, y compris au niveau des récifs des îles de fer. C'est Charles Darwin qui a d'ailleurs explicité le mode de formation des atolls coralliens: Prenez un point chaud en mer, qui donne un bon gros volcan, le point chaud se déplace et laisse un volcan éteint qui s'érode par le frottement des vagues, laissant à la fin la couronne de coraux qui se sera constitué sur ses flancs se renouvelant, on obtient un anneau sous-marin persistant. (Notez qu'il existe des coraux d'eau froide, bien qu'ils soient considérablement moins connu et fassent moins parler d'eux).

Et enfin, Néolim. C'est l'île (de la taille de l'Australie, grosso merdo) où se passe toute l'action du JDR Shade.

ça m'a escagacé une bonne partie de la nuit. C'est mon jdr préféré du moment quoi, et pourtant je trouve que cette carte ressemble, géographiquement parlant, à rien. Ou si justement, à l'Australie. Néolim fait approximativement trois mille kilomètres de long sur huit cent de large, soit la même longueur et une largeur bien moindre.
Du coup, les auteurs ont-ils vu bon avec des plaines fertiles ou y aurait-il du y avoir un bush voir des zones désertiques ? (qui sont due en Australie, aussi aux animaux importés d'Europe, il est vrai).

Et je parle même pas des espèces vivantes qui se diversifient en fonction de la dérive des continents, des ères glaciaires, etc etc.

Reste alors le fameux principe TGCM (ou "Ta Gueule C'est Magique") qui permet de tout expliquer et de rien justifier. Oui mais quand même. Je peux très bien tolérer à la perfection les sabres lasers de Star Wars et râler sur le scénario des épisodes 1, 2 et 3 sans que ça ne choque grand-monde ?
Et qu'une carte un tant soit un peu cohérente me parait plus belle à regarder et plus riche d'intérêt qu'un décors avec des éléments posé au petit bonheur la chance. Ou alors je suis trop exigeante.

Et la prochaine fois, promis, je compterais les moutons.

lundi 23 janvier 2012

Recette de rôliste: La bûche "Shade" ou le tribut aux frères Noël

Aujourd'hui, première recette de ce blog, testée ce samedi à une partie de JDR.

Ce qui recouvre plusieurs concepts pas franchement liés de premier abord donc je vais y aller lentement sur les explications pour les néophytes.

Je parle d'un jeu de rôle "papier", (par opposition aux jeux vidéos tel que World of Warcraft ou Final Fantasy), c'est à dire de se retrouver avec des amis pour un laps de temps de 4 à 12 heures autours d'une table. Là, il y a des tas de personnes qui ont expliqués tout ça beaucoup mieux que moi donc je ne vais pas ergoter plus longtemps. Retenez juste qu'en règle général, tout ce temps passé sur une chaise à lancer des dés ou courir après des trucs improbables, ça donne faim et donc qui dit faim dit casse-dalle. Qui dit casse-dalle rôliste dit souvent pizza ou kebab mais un peu d'originalité et de thématique ne nuisant pas, j'avais décidé de faire un dessert approprié à l'occasion.

Dans l'univers de Shade, qu'on peut classer grossièrement dans le médieval fantastique italianisant (mais pas que), il y a une secte appelée les frères Noël. Pourquoi les frères Noël ? Parce qu'il y a longtemps dans la cité de Trevoleta, un homme appelé Noël a lancé une révolte en faisant passer des armes par ... les cheminées. Imaginez donc le gros bruit de ferraille en pleine nuit:  Pour défendre votre patrie, vous retrouvez une grosse hache dans les cendres froides du foyer...
Ajoutez à ça des personnages joueurs plus ou moins tous enclins à l'anarchie, des déesses de la lumière un brin fascistes, des souris vertes et des ombres intelligentes qui parlent et font des conneries dans votre dos et vous commencerez doucement à avoir une petite idée de l'ambiance.

Le thème de la bûche s'imposait donc, fallait-il encore savoir à quoi:  1) aux agrumes 2) aux épices 3) au limoncello parce que c'est bon et que c'est italien donc ça tombe bien.

Ah oui: cette recette nécessite a priori un moule à bûche mais un moule à cake fera parfaitement l'affaire. De toute façon si vous êtes rôlistes vous savez que les règles sont là pour être arrangées à votre sauce, donc là c'est pareil. Après la recette, la vraie, je donne une méthode de feignasse et/ou d'étudiant mal équipé.

1) Le biscuit (le gâteau à bûche ou génoise mais c'est comme ça qu'on dit)

Vous noterez que ces proportions représentent la moitié d'un biscuit à bûche ordinaire. Mais comme là on ne le roule pas, il y a besoin de moins. Donc si vous ne voulez pas utiliser de moule, doublez les proportions et diminuez celle de la crème.

2 oeufs
55 gr de farine
15 gr de poudre d'amande (facultatif)
50 gr de sucre
  • retirez la plaque (la lèche-frite) du four et chauffez celui-ci à 200° (thermostat 6-7).
  • remplissez une casserole d'eau, posez un récipient par-dessus et cassez-y les oeufs (entiers donc) plus le sucre. L'eau de la casserole doit être chaude mais pas au point de bouillir (les oeufs ne doivent pas cuire) et fouettez le mélange, soit à l'huile de coude soit au batteur électrique jusqu'à ce que le mélange blanchisse et triple de volume (comptez 5 min) . Coupez la source de chaleur, changez l'eau de la casserole pour de l'eau froide et replacez le récipient dessus et fouettez le mélange encore un peu pour qu'il refroidisse (5 min aussi ou moins, arrivé là j'ai toujours la flemme).
  • Ajoutez la farine et la poudre d'amande en pluie fine (en la tamisant avec une passoire fine si vous en avez une et un peu de patience, mais sinon je vous pardonne). Pour mélangez, remontez la matière au fond du bol pour la mettre sur le dessus, comme pour une mousse au chocolat. Si vous n'avez jamais fait de cuisine, l'idée c'est de ne pas avoir la cuiller en bois à 90° par rapport au fond du moule pour mélanger.
  • Ensuite: scotchez une feuille de papier sulfurisé sur la plaque du four et étalez le mélange sur une bande de la longueur de moule et prévoyez une largeur suffisante, pour pouvoir le tapissez avec ensuite.
  • Mettez à cuire 10 min voir moins, profitez en pour faire la vaisselle et ne vous éloignez pas du four, c'est rapide. Lorsque la surface du biscuit est dorée, retirez-le du four, décollez-le à la spatule délicatement et placez le dans votre moule pour le tapisser. L'excédent de biscuit peut servir à tapisser les côtés du moule.


2) La mousse au citron-gingembre (recette originelle récupérée ici):

3 oeufs
30 gr de maïzena
100 gr de sucre
2 citrons (si possible non traités)
20 gr de beurre
1 à 2 cuiller à soupe de gingembre en poudre.
limoncello (facultatif).
  • Mélangez la maïzena avec le sucre, récupérez les zestes (la partie jaune de l'écorce) et hachez-les avant de les ajouter. Mélangez bien : cela est sensé éviter que la maïzena coagule. Non, ce n'est pas le mot pour désigner l’accouplement du crapaud. 
  • Ajoutez les jaunes d'oeufs, les jus de citron, un demi-verre d'eau, mélangez pour avoir quelque chose le plus homogène possible (au pire, rattrapez vous avec un mixer). Versez le tout dans une casserole et faites chauffer sans bouillir en remuant constamment (cela maximise vos chances d'avoir un mélange homogène).
  • Lorsque le mélange a bien épaissi, retirez le du feu et ajoutez le beurre, le gingembre et le limoncello.
  • Battez les blancs d'oeufs en neige (note: vous pouvez les mettre au frigo avant cette étape, ils montent mieux s'ils sont bien froid). Incorporez-lez petit à petit au mélange avec en remuant la matière de bas en haut. Lorsque c'est terminé, versez la mousse dans votre moule sur le biscuit à bûche.
  • tapisser le fond du moule: cela fera une surprise lors du démoulage: personnellement j'ai mis des quartier d'orange saupoudré de cannelle et des amaretti (biscuits italiens à l'amande) trempés dans du limoncello. 
  • Mettez ensuite votre plat au frigo avec un truc lourd par dessus. Idéalement, un autre plat, au pire votre livre de base protégé par du cellophane dans les cas extrêmes :)
  • Laissez reposer quelques heures le temps que les différentes couches s'inter-pénètrent et donnent une cohérence propre à l'ensemble, voir une journée. (Non, il n'y a pas de sous-entendu vicelard dans cette phrase).

variante: remplacez les citrons par une orange pour obtenir une mousse à l'orange. Pour utiliser une autre recette de mousse à ce que vous souhaitez, foncez, mais rappelez vous de choisir une recette donnant un résultat bien ferme pour la bonne tenue de la bûche.
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La méthode de feignasse:

Elle s'adresse aux gens qui n'ont ni four, ni batteur électrique, et qui ont de manière générale une peur panique de tout ce qui touche à la cuisine et/ou sont tellement inexpérimentés qu'ils ont peur de s'y mettre.
Pas de panique, le système D est là pour vous. (Mais ça sera forcément moins classe que du fait maison). Le résultat final sera comestible mais tiendra davantage de la charlotte de Noël que de la bûche.

1) Achetez une grosse boîte de boudoirs. Trempez-les dans un mélange jus d'orange-limoncello, tapissez-en un moule à cake.
2) Achetez un pot de lemon curd (rayon confiture ou épicerie anglaise, à ne pas confondre avec de la marmelade de citron car ce n'est pas la même chose). Achetez une bombe de chantilly. Mettez le contenu du lemon curd dans un bol et rajoutez très progressivement la chantilly. Ajoutez du gigembre en poudre pour vous donner bonne conscience. A moins d'avoir trouvé de la crème fouetté sans sucre le résultat sera certainement très sucré, mais vous n'y pourrez pas grand chose. Je n'ai jamais testé cette méthode mais c'est comme ça que je ferais si j'en étais réduite à cette extrémité.


3) Le décor:

pâte d'amande, soit blanche -rose - verte soit blanche + colorants alimentaires.
180gr de chocolat blanc
quelques cuillers à soupe de crème fraîche (à 15% c'est suffisant).
fruits confits (cerises...)
épées et petites armes en plastiques (genre qu'on met sur les bûches de Noël quoi).

  • Mettez le chocolat blanc dans une casserole posée directement sur feu fort sans bain-marie et ajoutez 4-5 cuillers à soupe de crème fraîche. Là je vous dois quelques explications: le chocolat blanc a un comportement physico-chimique un poil différent de ses cousins au lait ou noir. Ne mettez JAMAIS de chocolat blanc au micro-onde, à chaque fois que j'ai essayé j'ai obtenu du carbone. Mélangez donc la crème et le chocolat sur feu fort jusqu'à obtention d'une pâte homogène. Je rappelle qu'une cuiller en métal, même maniée avec délicatesse fini toujours par abîmer la casserole. faites donc ça plutôt avec une cuiller en bois ou une spatule. 
  • Laissez tiédir la masse.
  • Pendant ce temps, démoulez le gâteau: posez un plat sur votre moule, retournez-le d'un coup. La bûche se démoule normalement très bien. Tartinez là avec le mélange précédent et préparez les éléments du décors.
  • Assemblez vos éléments de décor en pâte d'amande. Vous noterez sur la photo que je n'ai pas pensé à acheter de colorant et que j'ai donc fait ma déco en blanc-vert-rose, ce qui ne sont pas exactement des couleurs adaptées au thème, mais j'y ai pensé trop tard. Les éléments en décors bien réalisés ne sont pas les miens mais ceux d'une camarade de jeu plus douée que moi en modelage.
  • Déposez les différents éléments sur la bûche.






4) La découpe:

Prenez un grand couteau et si possible une pelle à tarte ou en tout cas un instrument pour récupérez la part. Le glaçage peut opposer une certaine résistance par rapport à la mousse, donc attention à ne pas trop l'écraser pour présenter les parts. Oui, il faut prévoir des cuiller ou des fourchettes :)

Bon appétit et bon jeu.

vendredi 13 janvier 2012

The city & the city par China Miéville

China Miéville est l'un de mes auteurs préférés et le restera sans doute longtemps pour la beauté de ses phrases et son vocabulaire (enfin, leur traduction forcément, mais je ne doute pas que l'oeuvre originale soit à la hauteur) et ses bestiaires débordants et extrêmement cohérent. Mais je ne lui connaissais pas une écriture aussi protéiforme; Ici, on retrouve son amour pour l'environnement urbain, exacerbé par rapport à Perdido Street Station ou Les Scarifiés. En revanche, son imagination pléthorique a été mis de côté pour ne garder qu'un seul élément dérangeant; mais largement suffisant:

Par ailleurs, le niveau de langue qui aurait pu décourager certains dans ses précédents romans est un peu moins élevé même si les phrases sont bien écrites. (Je n'exagère pas: j'aime trouver les mots "détumescent" et "oligotrophique" dans le même chapitre, mais je comprends que cela puisse faire un peu trop de mot de plus de quatre syllabes pour de nombreuses personnes, sans ironie aucune).

Un décor double au coeur de l'intrigue. Deux villes en une, imbriquées façon puzzle. Certaines rues appartiennent à Bezel d'un côté et à Ul Qoma de l'autre. Ce qui n'empêche pas chacune d'entretenir ses propres relations avec les puissances étrangères (Etats-Unis, Canada), sa propre langue et sa culture radicalement différente de sa voisine. L'origine de cette divergence ? Il n'en est pas fait d'explication. Ni même si celle-ci est surnaturelle. Elle doit l'être puisque le livre est vendu au rayon SF des librairies, mais comment en être sûr ?

En effet, les habitants "s'évisent" les uns les autres, comprendre font très attention à ne pas se voir ou interagir. De la même façon finalement, que la plupart d'entre nous refusons les clochards dans la rue ou d'autres "éléments gênants". Le système tiendrait tout aussi bien de la double pensée de George Orwell. En cas d'infraction,  une police ultra-spécialisée et d'une redoutable efficacité intervient, la Rupture, dont on ne sait finalement presque rien.

Dans cet environnement absurde, une jeune femme est retrouvée morte au premier chapitre. Je n'en dirai pas plus pour ne rien vous gâcher de la lecture. C'est un excellent polar. La classification dans la littérature SF est un chouïa discutable. Attention, j'ai bien dit "un chouïa".  Je ne suis pas sûre que The city & the city se serait retrouvé dans ce rayon si l'auteur avait écrit des romans à la Nothomb plutôt que ses précédentes oeuvres.

Enfin, peut importe. A vouloir faire un livre carrefour qui sort des sentiers battus, il doit être normal de donner quelques migraines aux libraires. 

Le retour de la mort de la vengeance de l'araignée qui tue

Reprise du blog après plus d'un an de panne sèche...
C'est bête comme le temps passe vite.

Mais soit, j'en avais marre du titre de ce blog que j'ai encore changé. Je ne fais plus de thème et pis c'est tout. Prochain premier vrai billet depuis longtemps bientôt.

jeudi 8 avril 2010

Rien ne nous survivra


Il y a des jours, comme ça, où l'on ne se rends pas compte de ce que l'on a entre les mains. C'était ainsi le jour où je suis tombée nez à tranche avec ce livre. Le sous-titre ? Le pire est avenir...

Il s'agit d'une vision prophétique absolument cauchemardesque. L'auteur y livre sa vision d'un Paris pré/post Apocalyptique, cela dépendra des points de vue. 
Tout les jeunes de moins de 25 ans, quelque soit leur sexe, leur âge, leur condition sociale ou leur religion ont décidé de massacrer les vieux. Tout les vieux, sans exception, y compris leurs parents. Peu importe qu'ils soient du genre à distribuer des bonbons ou des claques: le géronticide sera total.

Et dire que le quart de couverture annonçait de l'humour, dans ce livre. 
Personnellement, cet aspect drolatique m'a totalement échappé. Ou alors j'étais trop sous le choc pour cela. Après tout, l'auteur ne fait pas dans la dentelle. ça snipe, ça hurle, et finalement, ça cartonne. Un mort vaut un point.  Évidemment, les coups les plus admirés restent les plus difficiles, comme des députés ou un commissariat entiers plutôt qu'une maison de retraire. Le tout est de ne pas tirer trop souvent contre son camp.

C'est très bien écrit, sous forme d'un face à face entre deux snipers, Silence, l'un des tout premiers révolutionnaire, et l'Immortel, l'étoile montante des assassins des toits, qui le cherche entre deux fusillades et massacres pour faire vivre un enfer plus personnel.
Sous forme aussi d'un compte à rebours, qui commence cent jours avant que l'Union Europe n'exécute son ultimatum: laminer Paris sous les bombes, ses jeunes rebelles avec.

De toute façon, il n'y a aucune compassion chez ces jeunes. Rien ne doit leur survivre: ni la culture, (les livres et les tableaux sont réduits en bois de chauffage), ni leur nom de naissance, ni le système politique, et l'idée de concevoir la prochaine génération est pour eux une trahison.
Ces sommets de violences et de fanatismes tombent dans l'absurde.  Vouloir éviter toute idéologie pour éviter devoir quoique ce soit aux plus anciens. Cela veut dire refuser en bloc n'importe quel héritage, quel qu'il soit. Mais franchement. Aller tuer tout les vieux à la kalachnikov, dehors, simplement parce qu'ils ont dépassé la date de péremption, n'est ce pas un peu exagéré ? Et métaphoriquement, il faudrait aussi abattre tout concept ayant dépassé la date limite des 25 ans ?

A bien y réfléchir, de toutes les différences, de tout les handicaps, la vieillesse est effectivement le moins bon incitateur à la violence. On peut vouloir se débarrasser de l'autre sexe, d'autres croyants, d'autres couleurs couleurs de peau, d'une autre classe sociale, parce qu'on ne les connaît pas, ou plutôt parce qu'on croit les connaître, sans pour autant les fréquenter. Les vieux, nous en avons tous forcément dans notre entourage et nous savons tous comment nous allons finir. Cela devrait suffire à rebuter les volontaires pour un carton. Personnellement, je n'ai jamais entendu parler d'une fusillade dans une maison de retraite.

Et pourtant. Au fur et à mesure des jours et des pages, entre deux confrontations sur le toit des immeubles, à attendre qu'un vieux passe dans le viseur, le lecteur se pose des questions. Il est impossible de ne pas reconnaître de bons arguments aux Théoriciens, au point de se demander ce qui pourrait se passer si le livre tombait entre les mains de quelqu'un d'un peu dérangé (mais, à près tout, les vrais fous n'ont pas attendu ce livre pour passer à l'acte). Personnellement, je connais trop de vieux pour m'imaginer en abattre un seul d'une balle dans la tête. Mais les personnages ont au moins en partie raison. C'est dérangeant.

Un très bon livre donc, qui fait vraiment réfléchir, et qui met aussi mal à l'aise. Je ne m'y attendais pas. A noter que l'auteur, Maïa Mazaurette tient un blog et est sans doute plus connue pour ses autres productions, notamment sur la sexualité que pour ce livre qui tiendrait vraiment à être plus connu.

jeudi 1 avril 2010

American McGee's Alice: l'antidote contre Disneyland


Je ne vous le cacherais pas. Je fais partie des milliers de gogo qui ont payé, cher, pour aller voir le Alice au Pays des Merveilles réalisé par Tim Burton en 3d. Et comme beaucoup d'autres, j'ai été très déçue de voir qu'ils n'avaient plus assez de sous pour engager un scénariste. Trêves de sarcasmes, ce film aura eu moins le mérite de me rappeler une toute autre Alice, sacrément moins fade et plus tourmentée.


American McGee's Alice est un jeu vidéo sorti en 2000, créé par Rogue Entertainement et par Mr American McGee. Pour résumer l'histoire: Toute la famille d'Alice meurt dans un incendie. Seule survivante, très gravement traumatisée, la jeune héroïne sombre dans la catatonie et échoue dans un asile psychiatrique. Conséquence, son esprit dérangé défigure le pays des merveilles: Un monde glauque et sinistre dont la plupart des habitants sont complètement pervertis, jusqu'au terrain lui-même, combinant allègrement abîmes sans fond, mares d'acides, lacs de lave et autres surprises délétères.

Et comment qu'on arrange tout ça ? Me demanderez-vous. Réponse: On progresse dans les niveaux, on distribue les gnons et on survit ! Simple mais radical !

Le jeu est normalement déconseillé aux moins de seize ans, mais il n'y a pas tant de quoi se laisser effrayer. Parents, sachez que les législations entre les jeux vidéos et les films n'ont pas du tout les mêmes échelles de valeurs, au point de créer de véritables absurdités. Ainsi, des films comme Millenium ou The Watchmen, tout deux déconseillés aux moins de douze ans, présentaient pour l'un une scène de viol dans son intégralité, pour l'autre un presque viol et une amputation de deux bras à la tronçonneuse. Rien d'un tel niveau dans American McGee's Alice, même si l'héroïne doit sans cesse se battre contre des bestioles toutes plus sinistres les unes que les autres avec de jolis bruitages de chair qui éclate. Mais point d'humain là dedans, rien de sexuel, et si elle se bat contre une bestiole, celle-ci aura de toute façon essayé de lui arracher la tête auparavant. Pas quoi donc laisser le jeu entre les mains d'un enfant de neuf ans, mais la pertinence de la catégorie d'âge laisse, selon moi, à désirer (mais ce n'est pas le premier ni le dernier jeu vidéo pour lequel c'est le cas). On peut aussi décider d'élever les interdictions pour tout le monde plutôt que l'inverse, c'est vrai, mais je ne suis pas là pour faire un débat là-dessus. Néanmoins, ceci reste un jeu pour les adultes et  les adolescents. Je déconseille de le laisser aux plus jeunes. Si l'avertissement est légèrement exagéré, il n'en reste pas moins nécessaire.

A la poursuite de l'authentique Alice

Bon, présenté comme ça, le pauvre Charles Dodgson ( le vrai nom de Lewis Carrol) pourrait se retourner dans sa tombe. Quoique. Le pseudonyme est destiné à préserver l'identité d'un professeur de logique et de mathématique d'Oxford. La véritable Alice Liddell, la vraie, l'authentique, était la fille de l'un de ses collègues. Ses histoires sont sans doute influencées par son travail , y glissant des éléments absurdes (non-senses) qui les démarquent des contes traditionnels. Ces éléments permettent d'ailleurs une lecture à plusieurs niveaux rendant extrêmement dommage la conservation quasi-exclusive de leurs éléments les plus enfantins. A noter que l'on confond souvent deux livres différents, Alice au pays des merveilles et Alice de l'autre côté du miroir, ce dernier ayant été écrit alors qu'Alice Liddell avait déjà seize ans.


D'ailleurs, autre bon point du jeu: Les créateurs ne se sont pas fait enfermés dans le filtre Disney (ça, normalement, vous l'aviez déjà compris) et ont donc conservé et fait ressortir d'autres éléments originaux qui, sinon, seraient passé à la trappe. Par contre, ils nous ont épargné l'épé vorpaline qui il est vrai, apparaît déjà dans tout les supplément pour Donjons et Dragons ou peu s'en faut. Je doute même que les joueurs de ce jeu de rôle sachent d'où vient ce terme. Autant dire qu'elle n'aurait rien évoquée du tout à des joueurs avec un peu de culture dites "geek" derrière eux, même si le créateur est bel bien Lewis Carrol.

On y retrouve ainsi, certaines entités ou détails différents de chez Disney, comme la chevelure brune et non blonde d'Alice, la Duchesse ou le Bredoulocheux (absent du dessin animé). Autant dire que ce dernier déjà démoniaque dans la version originelle ne s'est pas vraiment bonifié dans American McGee's Alice. Il s'agit de la créature connue en anglais sous le nom de Jabberwock et pour laquelle les traducteurs français du film de Burton n'ont vraisemblablement pas fourni l'effort d'ouvrir le livre à la bonne page. Mais j'avais promis de ne pas faire de sarcasmes. Puis bon, tirer sur les versions françaises des films, c'est comme tirer sur un corbillard...

Par qu'un coup dans le chat et un coup dans le chapelier, ça ne donne ni un bureau ni un corbeau.

L'aspect de « non-sense », mal transposé en français par « absurde », est sans doute plus respecté dans le jeu que dans le film de Burton: Ce pays des merveilles là ne se soucie pas une seule seconde de faire quelque chose de réaliste. Il regorge de ciels psychédéliques dans lequel volent des montres géantes, de monstrueux engrenages et d'autres choses toutes aussi étranges, au gré des niveaux traversés, et ne cherche pas à expliquer les actes des personnages par un quelconque traumatisme d'enfance, si ce n'est ceux de l'héroïne. Le reste, ce sont ses chimères à elle.


A ce titre, le jeu entier peut se voir et se vivre comme un voyage cathartique, mot qui signifie littéralement "purification". Ce n'est pas le seul jeu vidéo basé sur ce principe, je pense notamment à Silent Hill 2. Il faut en effet savoir que certains jeux manient volontiers des concepts voisins de ceux employés par Boris Cyrulnik.


Au niveau des musiques, on notera la participation de Chris Vrenna, maintenant membre du groupe Marilyn Manson, et auparavant des NIN (ou Nice is Neat, ie. être gentil c'est bien... Ou Nine Inch Nails, pour éviter les poissons d'avril, et puis je vous avais promis un antidote contre Disneyland). Je vous rassure, rien de la batterie d'un groupe de métal indus dans la bande son. Aussi bien ficelée que discrète, elle évoque plutôt la mélancolie d'une boîte à musique oubliée dans un coin que la batterie de Eat me, Drink me. Le compositeur y est batteur et percussionniste (quoique, avec un titre pareil, y aurait-il une coïncidence ?).


Le jeu a eu son petit succès à l'époque et a failli être adapté au cinéma avec Sarah Michelle Gellar dans le rôle titre. Si si, vous savez, l'actrice qui faisait Buffy dans la série éponyme. En fait, y échapper a peut-être été plutôt une bonne chose...



Si les jeux vidéos sont votre tasse de thé.

Pour tout ceux qui sont intéressé par le gameplay (c'est à dire le potentiel ludique, les actions que peut réaliser le joueur et ce genre de chose, pour ceux qui ne connaissent rien de rien aux jeux vidéos).

Le jeu tourne sur le moteur de Quake 3 et fonctionne sur un principe comparable à Lara Croft, où grosso modo, il y a une jauge pour mesure la « santé » et une autre pour le, faute d'un meilleur terme, le «mana » (en pratique, utiliser une arme puise dans cette réserve. Autant dire que vous êtes tout nu si elle tombe à zéro, ou presque).

Les armes, parlons en, à propos. La plupart sont inspirées par des jouets plus ou moins surannés, du paquet de cartes aux osselets en passant par le diable à ressort ou les dés (mais ça peut être vachement maléfique un dé !). Chacun aura son joujou préféré, mais notons que cet arsenal pour le moins original peut également provoquer de mauvaises surprises s'il est mal employé, Il existe de nombreux accidents potentiels si le joueur n'est pas assez prudent avec ces dangereux gadgets...

Le reste du gameplay, n'est pas spécialement impressionnant, quoiqu'en plus de savoir se battre à l'arme blanche, Alice sait aussi nager (mais gare à l'asphyxie et aux carpes !), sauter (certains passages tiennent du jeu de plateforme) voir utiliser la vapeur ascendante pour surmonter un obstacle (peut-être le seul élément du jeu qui rappelle le dessin animé de Walt Disney), mais disons que c'est un peu l'équipement minimal dans un environnement aussi dangereux que le Pays des Merveilles.


Du niveau des graphismes, évidemment, de nos jours, il fait un peu pauvre. Mais le nombre de polygones à l'époque de la sortie du jeu était tout bonnement impressionnant. Comme il a maintenant dix ans, il devrait tourner à peu près n'importe où, aux changements d'OS près. Mais il est certainement possible de trouver sur Internet un fan qui aura bidouillé quelque chose pour faire tourner le jeu sous le nouveau Windows.

Il faut laisser le temps au temps. Chaque chose reprends cours en son temps, à moins d'être mort.

Finalement, le plus gros défaut de ce jeu, c'est sa durée. Dix lamentables heures, pas de quêtes annexes, vraiment pas de quoi pavoiser, surtout avec un contenu sacrément prenant qui aurait mérité plus.
Bah, il vaut mieux peu mais bon. Et au moins, avec quatre niveau de difficulté (de mémoire, facile, moyen, difficile et cauchemardesque) les fanatiques comme moi peuvent quand rallonger leur petit moment de bonheur.

Alors moi, quand je trouve un jeu aussi bien que celui-là, je dis merci. Maintenant, si vous aussi vous espériez voir une oeuvre un peu gothique, dérangeant, loufoque, basé sur les histoires absurdes d'un prof de maths anglais, vous savez par où commencer plutôt que d'aller chez la souris à grosses oreilles.


Et comme j'ai moi aussi des accès de sadisme pas piqué de la tasse de thé, je vous laisse partir à la chasse d'un jeu vieux de dix ans sans téléchargement illégal et sans qu'il ne plante sur votre système d'exploitation. Bon courage !

Pour aller plus loin:

Pour en savoir plus sur la vraie Alice, qui a inspiré Lewis Carrol.

Le concept de la résilience.

Le compositeur de la bande son du jeu.

le poème originel sur le Brodoulocheux

le site officiel de American McGee, le "papa" du jeu.

la vraie critique d'un vrai site sur les jeux vidéos pour des infos plus détaillées.

Note: toutes les images ont été chargées à partir des urls des pages. Vous pouvez donc retrouver leur provenance en regardant leur url.

Edit: Au moment où je m'apprête à appuyer sur la touche "publier le message" de mon blog, j'apprends que les miracles existent. Un second American McGee's Alice est prévu. Faut-il encore espérer qu'il soit à la hauteur de ce joyaux qu'est le premier.


Demi poisson d'avril: la vidéo a été faite par un fan. Par contre, le second volet est bien prévu...

samedi 27 mars 2010

La petite fille, le trall et les paillettes




Quelque part, ailleurs, dans une salle d'audience pavée de marbre rose veinée de sang et d'albâtre. Des coquillages incrustés à même la pierre y dessinent autant de spirales hypnotiques pour qui y fixe trop humblement le regard. 

Les lieux ne sont pas pleins, mais les murmures des courtisans et de l'océan tout proche s'échangent un écho permanent. Cela ne calme pas Céruse, dont les oreilles restent plaquées en arrière sur son crâne plat de rongeur. Les quelques créatures présentes le regardent d'un œil indifférent, qu'elles soient sous forme humaine ou plus... reptilienne. Il se demande si venir ici était vraiment une idée brillante. Lui, la créature des marais à tête et queue de rat, dont la peau évoque la queue des mêmes rongeur. Il n'a en cet instant qu'une envie, celle de quitter cet endroit en rasant les murs le plus discrètement possible. Mais il est trop tard pour reculer, à présent. Lui dont l'espèce était, selon la légende, les fruits des amours ratées entre un rat et une troll, bizarrerie que l'on surnomme troll à rat ou trall. La créature à l'odeur douteuse n'a d'autre choix que d'avancer d'un pas mal assuré vers l’extrémité de la salle. 

En face de lui, la reine du peuple ophidien est assise sur son trône avec un curieux mélange de rigidité et de flegme. La créature, qui ressemble pour l'instant à une femme d'une quarantaine d'année au-dessus de la ceinture, à un énorme cobra au-delà, dissimule l'attention qu'elle porte aux requérants sous un voile de torpeur. A moins qu'elle ne s'en fiche réellement. Arrivé à moins de cinq mètres, Céruse se laisse tomber à genoux, et la jeune fille qui l'accompagne fait de même, avec un tout petit peu de retard. 

La dureté du carrelage froid sous ses rotules lui fait l'effet d'un électrochoc. Il se met à parler, vite, de sa voix couinante et en oubliant de reprendre sa respiration, avant quelqu'un ne décide que le laisser entrer était finalement une erreur administrative. 

« - Ô grande reine, votre Altesse, je vous implore d'écouter mon histoire jusqu'au bout. Je m'appelle Céruse. Je suis venu vous parler de cette petite humaine très étrange qui m'accompagne. » 

La fillette ne réagit pas, tout simplement parce qu'elle ne comprends pas la langue de l'échange, même s'il lui a expliqué l'enjeu. C'est une fillette blonde aux vêtements crottés, qui pourrait avoir autours de douze ans. 

« - J'ai l'habitude de passer régulièrement sur le monde d'à côté. » Continue Céruse. « - La Terre. Savez vous pourquoi pourquoi elle porte un nom si simple ? Ses habitants, uniquement des humains, ne sont même pas fichus de savoir que d'autres mondes existent, comme bien des espèces primitives. Ce caillou dans l'espace est le seul qu'ils connaîtront avant longtemps. J'y fais un peu de trafic, les poubelles, ce genre de chose. Parfois je rapporte quelques bricoles de valeurs, un caillou percé, un bébé humain laissé seul sans surveillance. Prudent, je reste habituellement dans l'ombre et dans les égouts, là où ils passent en accélérant le pas et baissant la tête, préférant ne pas savoir que je suis là. J'ai mes habitudes dans la ville nommée Rio de Janeiro, passant des taudis aux plages ou au centre ville. 

A ma profonde honte, c'est ma gourmandise qui m'a perdue face aux humains. Un égout y débouche sous un gigantesque quartier privé et surveillé, tout propre, entouré par de grandes grilles. C'est une sorte de village à part, où leur noblesse, enfin, l'équivalent, se protège des pauvres ou des créatures telles que moi. Je faisais tranquillement les poubelles (gigantesques, au passage, une vraie salle des coffres au trésor) lorsque les vigiles m'y ont coincé. Je n'ai rien vu venir, tout heureux que j'étais de la quantité phénoménale de viande faisandée à point que j'y avais découvert... » 
Nerveux, le trall se dit qu'il devait peut-être aller plutôt à l'essentiel, mais la reine et toute son espèce avaient la réputation d'être des joueuses qui laissaient une chance aux bons conteurs et à ceux qui savaient capter leur attention. La créature en face de lui n'avait pas bougé d'un cil. Maintenant qu'il avait commencé son histoire, il était obligé de continuer. 
« - Ils m'ont menacé avec leurs armes en hurlant. Terrorisé, j'ai été roué de coups et à moitié assommé, ligoté et traîné dans un endroit particulièrement lumineux. J'ai d'abord cru que c'était le châtiment normal des criminels. Même si je passe beaucoup de temps sur la Terre je ne m'intéresse guère aux mœurs de ses habitants.
C'était la nuit, mais ils rameutèrent quand même tout ce que ce village fortifié comptait d'habitants. 
D'autres humains arrivaient, avec des espèces de petites boîtes produisant des éclairs sans tonnerre. Ils faisaient des "oh" et des "ah" en me montrant du doigt, parce qu'ils n'avaient jamais vu le moindre troll à rat de leur vie. Aveuglé, je grognais et je montrais les dents sans espoir. Je me suis débattu furieusement mais j'étais plaqué au sol par les vigiles.
Après une très longue palabre, ils m'ont emmené dans une pièce sans fenêtre avant de visser solidement mes chaînes aux murs. Les humains continuaient à affluer, commentant ma laideur, se demandant ce que je faisais là, d'où je venais et parlant tous en même temps. Ils ne se gênaient même pas pour m'examiner sous toutes les coutures, à ma plus grande gêne. Je ne savais pas ce qu'ils me voulaient, ni pourquoi ils ne s'étaient pas contentés de prévenir leur milice ou de m'abattre comme un chien. Je n'avais pas compris que j'étais déjà prisonnier dans la zone qu'ils réservaient aux pires malades mentaux de leur espèce. J'ai préféré faire comme si j'étais un animal ne sachant pas parler, pensant que cela m'éviterait des problèmes. 

J'ai passé trois jours à voir des humains m'observer comme une bête curieuse, à être nourris de force de viande d'une fraîcheur à en vomir, voir de légumes. » A ce moment précis de son histoire, la voix du trall tremble de dégoût, déclenchant des rires à peine retenus de quelques auditeurs. 

« - Sans parler de leurs savons, insecticides et d'autres substances dont je ne connais ni le nom ni l'usage qui puaient plus que tout. Je ne distinguais à vrai dire le jour et la nuit qu'au rythme de leurs absences ou de leurs présences, puisque les humains vivent le jour. Ils utilisaient sans cesse des mots n'appartenant pas à mon vocabulaire, tels que "tournage", "scénario" et diverses choses bizarres associés à "coup de change inespéré". Par moment, j'avais l'impression qu'ils allaient me dévorer tout cru, à d'autres qu'ils voulaient m'envoyer dans un zoo. Je ne comprenais pas où ils voulaient en venir et cela m'inquiétait encore plus qu'une condamnation à mort. Qui traite donc les charognards de cette façon, sinon des personnes maléfiques et sadiques ? » 

La fillette à côté de lui lui donne un coup de coude. Ses yeux ne quittent pas pour autant la dame sur le trône et ses lèvres ne bougent presque part alors qu'elle chuchote. 
- Tu es sûr qu'elle ne s'est pas endormie ? Elle a les yeux à moitié fermé. 
- Ne m'interromps pas maintenant, ne t'en fais pas c'est normal. La rassure Céruse dans un souffle.
Il risque un coup d'œil anxieux vers l'altesse écailleuse. Satanés reptiles et assimilés. Il ne sait jamais lorsqu'ils font attention à quelque chose, ou pas. 
Il reprend, tentant d'ignorer sa propre peur: 
« - Et puis elle est venue me voir. 
C'était la petite fille qui m'accompagne, aujourd'hui, comme vous pouvez le voir. Elle est entrée à une heure où tout ses congénères étaient repartis s'occuper à je ne sais quoi. Ma prison était en réalité un ancien local à balais fermé par un verrou pausé à la hâte. Sans doute avaient-ils jugé que mes chaînes étaient des entraves suffisantes. La lumière blafarde du plafond me blessait les yeux, et je crois que je n'avais pratiquement pas dormis depuis ma capture. J'étais hagard et prêt à vomir sur n'importe quel humain s'approchant de trop près. Elle m'a jaugée depuis la porte, a hoché la tête, puis a croisé les bras. 
« - Bonjour monsieur le monstre », a-t-elle gravement déclaré. 
Je parle son dialecte humain, le Portugais. Je commençais à craindre de devenir fou, seul dans cet enfer, et de ne pas réussir à m'évader. Alors je suis sorti de mon mutisme, juste pour elle. J'ai failli l'insulter mais quelque chose, son air plus sérieux que les adultes, sans doute, m'en empêcha. 
« - Salut, fillette. » 
Elle n'a même pas levé un sourcil. Mes chaînes étaient tellement courtes que je n'aurais pas pu l'attaquer. Elle s'est approchée autant qu'elle l'a osé, collant quasiment son nez contre mon museau. 
« - Tu tournes où, au juste ?
- Quoi?
- Il n'y a pas de caméras dans cette pièce, tu le sais ? Tout doit être devant une caméra ici.
Elle a marqué une pause. Puis elle a ajouté, très sentencieusement. 
« - Enfin, surtout pour nous, les monstres. » 
Je l'ai regardé sans comprendre. 
- De quoi parles-tu ? Tu n'as rien d'un "monstre". » 
Je ne me considère pas non plus comme une créature de foire, mais j'avais bien saisi que tous ici me considéraient de cette façon. Elle a haussé les épaules. 
« - ça, c'est qu'ils essaient de me faire croire... Mais je suis plus maligne que ça.
-Allons donc.
- Si si, tu es un monstre particulièrement laid, donc ça doit te paraître bizarre, mais je suis bien un monstre moi aussi. D'ailleurs, je suis venue te demander... Tu veux pas être mon ami ?
- Quoi ? Pourquoi moi ?
- Parce que... Tu es enchaîné. »
Elle sourit. Je n'avais pas encore remarqué ses dents parfaites, toutes blanches et polies à en luire. 
« - Tu ne sortiras pas d'ici d'après ce que j'ai entendu. Ils ne vont peut-être même pas te détacher pour tourner. Donc tu pourrais être mon ami pour toujours. » 
Sacrée gamine. Je commençais à me demander si mon imagination l'avait inventée pour me tourmenter. Elle était franche, ça on ne pouvait pas le mettre en doute, mais encore plus brutale que les adultes avec leurs foutues chaînes à vélos qui m'entravaient. Je la regardais avec méfiance. 
« - Et ça veut dire quoi, "tourner" ?
- Tu verras. J'ai pas le temps de t'expliquer maintenant et tu le découvriras bien tout seul.
- Et si je te jure mon amitié éternelle à condition que tu me sortes d'ici ?
- Non. Je ne fais pas confiance aux gens. »
Elle haussa à nouveau les épaules.
« - J'ai de nouveaux amis tous les jours, et de nouveaux parents aussi. J'aimerais avoir un ami plus longtemps que ça, c'est tout. Et puis avec toi, je n'aurais pas besoin de t'expliquer trop longtemps que nous sommes des monstres pour te convaincre. »
J'en suis resté comme deux ronds de flan. De ce que j'en sais, les mœurs des humains ne correspondent pas avec son charabia. Je n'ai pas eu le temps de l'interroger davantage. 
« - Je dois filer. Si je reste debout, je vais avoir des cernes et ce n'est pas bien. A plus tard. 
- Attends, tu ne m'as pas dit ton nom ! » 
Elle se retourna sur le pas de la porte et hésita un peu. 
« - Je m'appelle Agathe. Et toi ? 
- Céruse. 
- ça marche. Au revoir. » 
Et elle a filé, comme ça, sans faire de bruit. 
Un autre laps de temps est passé, où des humains sont venu me voir, me nourrir, ce genre de chose » Céruse passe sur le fait qu'ils balayaient ses excréments, ou le lavaient au jet d'eau de la façon la plus humiliante qui soit. 
« - Ils se demandaient quoi faire de moi. Ils utilisaient toujours avec leurs mots bizarres et je ne pouvais généralement pas en deviner le sens. Finalement, je pris conscience que j'étais là où ils tournaient les images que les autres humains regardent dans de sortes de grosses boîtes. C'est pour ça qu'ils n'avaient pas prévenu leurs miliciens officiels. Parce que j'étais l'occasion de faire de magnifiques effets spéciaux dans une série (c'est un peu comme du théâtre, mais ils peuvent faire des choses plus longues et prendre plus de temps) et qu'ils se fichaient de savoir d'où je pouvais venir et de tout le reste, tant qu'ils pouvaient la réaliser à moindre frais. Je ne suis pas un expert en culture humaine, comme je l'ai déjà mentionné. ça ne m'intéresse pas plus que ça mais l'idée d'avoir des petits morceaux de moi dans toutes les boîtes à image des humains m'horrifiait profondément. Je faisais mon possible pour avoir l'air méchant et les convaincre de ne pas m'approcher, mais cela semblait les enthousiasmer plus qu'autre chose. Finalement je choisis la solution inverse et les ignorai complètement. Ils me tourmentaient toujours autant, mais je n'avais plus à regarder mes tortionnaires dans les yeux. 
Je patientais jusqu'à croire qu'Agathe m'avait abandonnée lorsqu'elle revint. Elle n'était plus blonde mais brune, maquillée, sa peau bronzée dénudée sous un maillot de bain minimaliste. Elle paraissait beaucoup plus vieille que lors de notre première rencontre. Si je n'utilisais pas mon flair plus que mes yeux, je crois que je ne l'aurais pas reconnue. 
« - Agathe ? 
- Bonsoir Céruse. Moi c'est Clarisse. Agathe c'était hier. » 
Je la regardais sans comprendre. L'odeur de la même petite fille était là, derrière le maquillage et l'horrible savon. 
« - Je te reconnais, Agathe, Clarisse, ou qui que tu sois. Tu es déjà venue me voir.
- Ben oui, je ne l'ai dit à personne d'ailleurs, ça m'aurait valu des ennuis. C'est malin de ne pas leur dire que tu parles au fait, c'est souvent casse-pieds de devoir répondre. Mais aujourd'hui je m'appelle Clarisse.
- Je ne comprends pas... Tu as dit que tu changeais d'amis et de parents régulièrement... et maintenant tu changes même de prénom ?
- Oui. C'est assez logique, d'une certaine façon, non? » 
Je commençais à me dire que cette petite était l'être humain le plus fou de son village. Je n'avais pas entièrement tort. 
« - Je crois qu'à l'extérieur, les enfants gardent le même prénom tout le temps, et les mêmes parents, et les mêmes amis, c'est vrai, poursuivit-elle. Mais ce sont les Gens qui Regardent, les Spectateurs. Et moi, je fais partie des Gens qui font de la Télévision, les Acteurs. C'est différent. » 
Les pièces du puzzles se mettaient en place. 
« - Donc tu es de ceux qui se retrouvent régulièrement dans les boîtes à image qui bougent ?
- C'est ça. »
-Maintenant que j'y repensais, les humains gardaient le même nom d'un bout à l'autre de leur existence, j'en étais certain. Elle se moquait de moi ou j'avais raté quelque chose d'important.
« - Et pourquoi tu changes d'identité ? Quel rapport ? 
Simple. Les Spectateurs veulent de jolies histoires avec de belles personnes auquel il arrive des choses. Mais pas toujours aux mêmes personnes car sinon ça serait un peu ennuyeux. Alors il faudrait plus de personnes que ce que nous sommes ici, mais ça coûte cher. Là j'ai quatorze ans, je m'appelle Clarisse, mon papa est en prison et j'essaie d'aider ma maman à la maison sans me faire embêter par les garçons du taudis, tu vois ? Hier j'étais Agathe, la petite fille de dix ans qui adore les crêpes que sa maman lui achète toutes faites et son papa lui fait un bisous en rentrant du travail. Tout à l'heure, j'en aurais treize avec un autre nom et d'autres parents, et ainsi de suite. 
Mais sinon, tu as un nom à côté de ça ? Qui es-tu quand tu n'es pas entrain de participer à ces histoires ?
Elle réfléchit un long moment. 
« - Je garde la même identité jusqu'au prochain tournage. En général, je me balade quelque part, et là l'un des scénaristes fait "eh là ! Toi !" et me dit quel texte je dois apprendre et comment le jouer. Si c'est une identité que j'ai déjà, alors je sais où et à quelle heure on tourne. Et si je ne suis pas là, quelqu'un ira à la recherche d'Agathe. Ou de Clarisse, Maria, Kate, et ainsi de suite. Puis là on m'a dit que je pourrais aussi faire des défilés, je crois que c'est tout petit peu différent car il n'y a pas besoin de nom. Mais ce n'est pour tout de suite. » 
Elle mettait ma patience à rude épreuve, Agathe, Clarisse, Maria, Kate... Ou qui que ce soit d'autre. 
« - Mais avant de faire des images pour les boîtes (c'est pas douloureux d'ailleurs ?) tu avais bien une mère, un père et un nom fixe ? » 
La question la rendit pensive. 
« - J'ai posé la question, il y a longtemps. Je suis née sur un plateau, mais pas ceux d'ici, plus loin. Mon père est officiellement le directeur des studios. Il dirige tout ici, donc c'est métaphorique, enfin je crois. Un jour, un réalisateur a choisi deux très belles personnes pour une autre histoire, les a filmés entrain de se faire des bisous et quand ils ont su que j'étais dans le ventre de la femme, le directeur a dit qu'on pouvait me garder, et il m'a adopté officiellement. Je suis née sur le plateau et je suis un peu la mascotte ici, la Gérie. 
- Tu veux dire l'égérie ? 
- Oui, je crois que c'est comme ça qu'on dit. Mais on m'a bien avertie qu'une partie de l'histoire est au sens figuré, je ne sais pas trop laquelle. Sinon je fais autre chose comme apprendre la géographie, à lire ou des trucs comme ça avec un précepteur, mais on me filme aussi dans ces moments là donc je pense que je suis toujours actrice, donc ce n'est ni plus ni moins irréel que le reste. 
- Ah... d'accord. Et que sont devenus les gens qui t'ont conçu ? 
- Je crois qu'ils sont parti d'ici. J'ai farfouillé pour retrouver la vidéo car les gens qui s'occupent de moi m'avaient cachés les images, mais c'était juste que c'était dégoûtant, ce n'était pas pour m'empêcher vraiment de les voir. 
- Et ce directeur ? 
- Je ne le vois jamais, il est trop occupé. J'ai des cadeaux de lui, de temps à autre, mais je ne sais jamais si c'est pour l'un de mes rôles ou autre chose. C'est très embêtant car je ne sais pas quand je peux vraiment y toucher. » 
Elle semblait amère, mais à son insu. Elle changea soudain de sujet comme si nous venions de parler de son dessert préféré ou du temps dehors. 
« - Et toi, Céruse, tu t'appelles toujours comme ça ? On appelle comment les monstres comme toi ? 
Je suis un trall. Un descendant d'un croisement mythologique entre un rat et un troll. Et je m'appellerais ainsi jusqu'à ma mort. 
N'en sois pas si sûr. Tu vas jouer très bientôt, je crois bien. Donc des gens vont te trouver un autre nom, une nouvelle famille, de nouveaux amis. Mais je me demande qui ils vont choisir... On n'a pas voix au chapitre, nous les acteurs, surtout les plus jeunes comme moi. Mais sinon je serais contente d'être ton amie là-bas aussi. 
Je ne me laisserais jamais traiter comme si j'étais leur marionnette. Je vais me débattre de toutes mes forces s'ils essaient, prévins-je. 
Ils vont se mettre en colère. Il y a longtemps j'ai déjà eu la fessée pour moins que ça, mais j'étais petite. Je crois que je t'aime bien. » 
Je soupirai. Mes geôliers étaient définitivement plus cinglés qu'une bande de gobelin intoxiqué à l'ergot de seigle. 
« - Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça ? » 
Elle sourit. 
« - Tu es un monstre plutôt bizarre, toi aussi, ça me plaît. » 
Cela me rappelait qu'autre chose clochait. 
« - Attends, tu as dit ça hier, déjà, "nous" les monstres. Tu te considère donc comme un monstre ? » 
Elle acquiesça. 
« - Je crois que beaucoup de gens ici sont des monstres, oui. J'ai regardé dans le dictionnaire, ça vient du verbe "montrer". On nous montre, donc nous sommes des monstres. Pour l'espèce, nous sommes des Acteurs. Ou des Comédiens. Je t'ai déjà expliqué ce que c'était non ? 
-C'est imparable, je suppose. 
- Tiens, sinon, si tu es mon ami pour longtemps,je crois qu'il me faut un autre nom. J'ai aucune identité qui soit vraiment adaptée pour être amie avec un troll à rat, je crois. Voyons voir... Zut, j'ai jamais choisi de prénoms moi-même... » 
C'était important pour elle, visiblement. C'est à ce moment là que je l'ai prise en pitié, cette gosse. J'ai soupiré. 
« - Je te nomme Aoibheann, c'est nom rapporté de ... oh, et puis ça n'a pas d'importance. ça t'ira ? » 
Elle marmonna plusieurs fois son nouveau prénom. Puis elle sourit, de toutes ses petites dents parfaites. 
« - C'est bien. Pas facile à prononcer, mais ça me plaît. C'est un vrai prénom de monstre bizarre, pas de faux Spectateur. ça s'écrit comment ? 
- Dans ta langue, je l'ignore. Donc, maintenant, puisque tu as un prénom pour être mon amie, pourrais-tu faire quelque chose pour moi ? 
- Vas-y ? 
- Tu ne veux toujours pas me sortir d'ici ? 
- Jamais de la vie ! » 
Je soupirais. 
« -Bon... Tu pourrais au moins me trouver de la viande faisandée ? Je digère mal la viande fraîche et c'est tout ce qu'on me donne à la béquée, ici. 
- Je trouve ça où ? 
- Tu trouves un animal mort ou tu laisses de la viande dans un endroit tiède assez longtemps pour qu'elle prenne une odeur spéciale et une couleur verdâtre. S'il y a des mouches et d'autres insectes qui viennent y pondre, c'est normal. 
- Ça marche. Bon, je te laisse, je vais être en retard pour faire Odetta. 
- Bien sûr. Mais pour moi, tu restes Aoibheann, n'est ce pas ? 
- Oui ! Je ne l'oublierais pas ! » 
Et elle est repartie, en me faisant la bise du bout des doigts. Sacrée petite Aoibheann. Elle animait ma solitude, finalement. Pour des critères humains, c'était, et c'est toujours une belle fillette. Elle était toujours tirée à quatre épingle avec ces odeurs de maquillages, de savons, de vêtements propres, ces odeurs de poupée, que je n'aimais pas trop, il est vrai, parce que je suis un trall après tout. Une guilde spéciale appelée "les maquilleuses », avais-je compris, était là pour déguiser les Acteurs. Mais derrière tout cela il y avait son odeur à elle, dissimulée sous les parfums artificiels Pas assez bien pour échapper totalement à mon excellent odorat. C'était une odeur de petite fille humaine, qui prenait tout doucement les accents fauves de l'adolescence, mais avec cette note persistante de désespoir mal contenu. Elle me donnait sans dégoût de la viande à point, du bout des doigts. Elle disait qu'il en fallait plus que ça pour dégoûter l'amie d'un trall. Elle prenait ce rôle au moins aussi au sérieux que tout ceux qu'elle jouait devant la caméra. Je ne pouvais rien faire d'autres que d'acquiescer aux lubies de cette sale gosse qui parlait beaucoup, m'exposant ses théories sur les monstres, la vie des Spectateur et la sienne. Elle en savait encore moins que moi sur sa propre espèce, je crois bien. Alors je parlais aussi, lui posant des questions sur les règles de ce monde bizarre. Elle s'attachait à moi mais elle n'osait pas me laisser partir, alors je lui parlais de chez moi, de mes frères et soeurs, des fées et des peuples du monde à côté du sien. ça l'intéressait moyennement. Elle avait déjà un rôle de fée dans une série où elle n'avait presque pas de texte et s'en était rapidement désintéressée. En fait, elle savait captiver les gens dans une certaine limite, savait quand obéir à ses chefs et quand elle pouvait abuser des règles, mais tenir une discussion normale avec elle relevait de l'exploit. 
Par contre, elle m'écouta attentivement quand je lui expliquais que mon peuple se regroupait pour la survie. 
« - Et donc vous vous êtes proches les uns des autres ? 
- Bien sûr. Nous nous chamaillons de temps à autre mais comme nous risquons souvent notre peau avec les autres trolls ou même des créatures qui nous trouvent très laids et nous donnent la chasse, nous restons solidaires car nous ne savons jamais quand nous pourrions avoir besoin d'aide. 
-Hum hum. 
Elle avait l'air triste, d'un seul coup, je veux dire, plus triste que d'ordinaire. Puis elle ajouta, en passant du coq à l'âne. 
« - Je vais partir d'ici le mois prochain, au fait. Des gens sont passés me voir. 
- Ah ? 
- Je n'ai jamais quitté les studios. En fait, c'est certain cette fois, je vais faire des défilés de mode: je vais aller à Paris, Milan, Londres...C'est une idée de mon père adoptif. 
- ça consiste en quoi ? 
- Je vais porter des vêtements, des tas de vêtements différents et les gens vont me regarder marcher avec. Je n'aurais plus de texte à apprendre et je n'aurais plus de nouveaux prénoms. 
- ça n'a pas l'air de te faire plaisir. 
- Je n'y arrive pas. Des tas de gens sont ravis pour moi, pourtant Ils disent que dans quelques années, je serais la nouvelle fille dont tout le monde parle. 
- Et tu leur as demandé au passage comment ils vont t'appeler là bas ? Tu as forcément un autre prénom qui reste ? 
- Camilla ou quelque chose ça... Mais c'est que le nom du rôle avec les cours et le précepteur et la dame qui me met au lit le soir, rien d'autre, j'en suis sûre ! Pourtant... ils m'ont montré des papiers officiels où j'ai ce nom. J'ai dit au réalisateur que j'avais déjà eu quatre ou cinq documents d'identités différents à la fois pour des tournages, ils ont rit ! Ils me prennent pour une folle mais je sais ce que je dis ! Je les déteste tous ! » 

Le ton haineux sur lequel elle dit cela me surpris. Pauvre môme. Ils avaient raclés sa personnalité autant qu'ils l'avaient pu pour en faire cette poupée, cette jolie poupée qui disait, faisait ce qu'ils voulaient, portait ce qu'ils décidaient. Ils avaient pas la moindre idée de ce qui se passait dans sa tête. Ce n'était pas plus mal d'ailleurs, je pense qu'ils auraient commencé à avoir peur, s'ils avaient su. Je tentais de la réconforter malgré tout. Si elle partait de là, elle penserait peut-être à me détacher avant. Elle était peut-être folle, mais pas incohérente dans ses délires, après tout. 
« - Tu seras toujours la même Aoibheann pour moi. Même si je devais te voir un jour sur un plateau ou dans une de tes séries télévisées. 
- Merci. Merci mille fois. Je t'adore Céruse. » 
Elle m'a embrassé sur la joue et elle est repartie. Elle ne repassa pas me voir le lendemain soir, ni le surlendemain.
Et pour cause, mon tournage commença. 
Je ne m'étais douté de rien. Évidemment, personne ne m'avaient prévenu. Pourquoi l'auraient-ils fait ? Pas moins de cinq personnes entrèrent dans ma geôle. Je somnolais, les observant d'un œil méfiant. Le plus petit s'avança, vêtu d'un short et d'une chemise à fleur de couleur criarde. Ses yeux noirs ressortait sur le blanc de ses yeux comme de gros raisins secs. Son odeur ne m'apprit rien de plus que pour les autres, mélange de tabac, de déodorant et relents ordinaires. Il était déjà venu m'examiner plusieurs fois. Je ne soutins pas son regards, préférant regarder mes pieds. Ce qui explique que je ne le vis pas à temps m'attraper le museau. Je poussai un couinement aigu en essayant de me dégager. Nos regards se croisèrent. Il me dévisageait comme l'aurait fait un très gros rapace. Je n'ai pas de prédateurs, mais mes ancêtres, si. Le moindre de mes poils était hérissé. » 
Là encore, Céruse préfère passer quelques détails sous silence. Il avait compris en sentant une chaleur humide sur ses pattes arrières qu'il se faisait dessus. Le sale type l'avait maintenu si longtemps qu'il avait frôler l'asphyxie, alors qu'il en profitait pour examiner ses dents, ses yeux, ses membres amaigris et jusqu'aux parties intimes de mon anatomie. 
« - Il était déjà venu auparavant, je le savais. Mais à présent les mots "tournage" et "scénario" raisonnaient dans ma tête. Je savais ce qu'il voulait, à présent. Ce taré était un réalisateur et c'était à lui qu'on avait décerné le droit, ou le devoir, de trouver en quoi me transformer. 
- Cet animal pue. Passez le au jet d'eau avant de me l'apporter d'ici une demi-heure. Studio numéro 11. »
Il déclara cela sur un ton parfaitement anodin. Puis il me passa une muselière grossièrement allongée, destinée auparavant à un gros chien, je le sentis lorsqu'elle me comprima le museau. Je fus traîné dans une suite de couloirs interminables, prostré comme si j'étais déjà dans l'enfer réservé aux tralls. Deux types costauds me portaient et je ne pouvais voir que les lampes sans flamme du plafond qui m'aveuglaient. Ce village de fou était gigantesque. Des gens nous croisaient au passage, plaisantaient ou nous ignoraient. La plupart étaient déjà passé me voir au moins une fois et ma présence ne suscitait plus l'étonnement. Je sentis à un moment l'odeur d' Aoibheann et d'autres enfants, mais sans pouvoir m'en préoccuper davantage. 
Ils me déposèrent enfin dans une salle de la taille d'une petite cathédrale pour m'enchaîner par les pattes arrières dans un placard minuscules. Puis ils me délièrent les pattes avants et me retirèrent ma muselière en s'écartant rapidement, et rabattirent sur moi les portes de ce minuscule cagibi. J'examinais mes chaînes. Ils avaient fini par trouver de l'acier, et la chaîne était reliée directement à un gros tas de parpaings. Je ne pourrais pas en profiter pour m'évader. Je reniflais et massai les traces que m'avaient laissé leurs mauvais traitement, et attendit à quatre pattes dans les ténèbres, le dos courbé.. Ces instants durèrent une éternité. J'entendais des humains discuter à propos d'un monstre échappé d'un laboratoire. Je commençais à m'inquiéter avant de saisir que c'était de moi qu'ils parlaient... Je ne voulais pas entrer dans leur jeu. Et si je leur faisais un grand sourire au lieu de leur cracher dessus ? Cela pourrait gâcher leurs plans. L'ennui c'était qu'avec mes dents, ces idiots ne feraient jamais la différence. Au moment où je me demandais comment ils comptaient me contraindre à jouer, une violente douleur dans le dos me fit bondir en hurlant. Mes liens se retinrent brutalement. Je retombai à quelques dizaines de centimètres d'une femme vêtue seulement d'une serviette de bain, sans plus savoir où j'étais ni qui j'étais. Je m'étalais lamentablement à quatre pattes en me mordant la langue jusqu'au sang. 
« - Coupez ! »
Je grognais malgré moi. L'actrice blonde s'éloigna rapidement, en sautillant comme un moineau décerébré. Une paire de chaussure impeccablement cirées se matérialisa juste devant mon museau. Mon regard tomba l'homme de tout à l'heure, qui me jeta le même regard dénué d'émotion.
« - Pas mal, mais peu mieux faire, annonça-t-il froidement. Il a du potentiel, ce monstre. Donne lui un coup de Taser, Monica. 
- Il le faut vraiment, monsieur ? 
- Il te saute dessus avec un air affolé, comme si c'était toi qui allait le mordre. Il peut faire mieux. Il doit voir rouge quand tu passes devant lui. Cette bête doit te haïr si on veut avoir une scène qui tienne la route. Alors ne fait pas de sensiblerie et prends le pistolet. »
Je relevai la tête. Ils étaient tout les deux hors de ma portée, l'homme à l'air froid et la femme a l'air stupide et perdu. Ses mains sentaient un peu le chien et le chat. Elle devait aimer les animaux, et persuadée que j'en étais un, l'idée de me faire du mal la faisait rechigner à obéir. Elle se décida malgré tout, après m'avoir demandé pardon. Prière à laquelle je ne pouvais répondre et qui fit lever les yeux au ciel au réalisateur. Elle prit le pistolet et visa mon flanc à découvert. La douleur fut identique. Je tressautai comme un pantin dont on secoue les ficelles.
La soirée fut très longue. Je résistais tant bien que mal au "Taser", en claquant des dents et en tressautant de tous mes membres. Finalement, en pleurant de rage, je compris que la seule façon d'avoir la paix était de céder à leurs exigences. Fichtre, heureusement qu'ils ne savaient pas que je les comprenais, mais nous en étions déjà au cinquième essai de prise, qui se répétait à l'identique, comme si le temps refusait de s'écouler. Je sautait sur l'actrice de mon mieux pour acheter un répit temporaire. Il s'écoula encore un temps très long avant que d'autres gens ne me ramènent dans ma cellule. J'étais très mal en point, trop épuisé après pour protester. J'accueillis même avec soulagement la viande fraîche, malgré mes nausées. Les humains étaient beaucoup plus malades que ce que je ne pensais pour faire ou regarder des choses pareilles. Les jours suivants, le tournage continua sur le même thème. Je faisais heureusement assez peu d'apparition, mais il fallait que je supporte d'être à proximité du réalisateur, derrière la caméra. Je plaignais Aoibheann d'avoir une vie pareille. Plusieurs fois, ils utilisèrent une mauvaise marionnette me représentant pour faire semblant d'égorger des gens, avec du faux sang qui giclait partout. 
J'étais écœuré, et attendais désespérément les prochaines visites de la petite fille. 
Un soir, elle revint extrêmement tard, complètement paniquée. 
« - J'ai tué quelqu'un aujourd'hui, m'annonça-t-elle sans même me dire bonjour. » 
Je n'ai pas pas compris tout de suite ce qu'elle me disait. 
« - Quoi, dans une série ? 
- Non... Pour de vrai. En tant qu'Aoibheann. » 
Je la regardai avec des yeux ronds. Devant mon silence, elle enchaîna. 
« - J'en avais marre de faire des trucs pour les Spectateurs. Je voulais qu'on se regroupe tous, être plus qu'une Actrice qui est tout ce qu'on lui demande, enfin, je voulais... Je voulais, je voulais... » 
Elle mit à pleurer. Je tirais mes chaînes au maximum pour pouvoir la prendre dans mes bras sans y parvenir, tenant de prendre un ton conciliant pour la calmer. Dans l'état de détresse dans lequel je me trouvais, j'aurais fait n'importe quoi pour la supplier de me sortir de cet enfer. 
« - Raconte moi tout. Je suis un monstre aussi, je ne vais pas te faire de reproche, n'est ce pas ? » 
Je l'avoue, ce qui est arrivé est un peu ma faute. Aoibheann voulait une seule identité. Elle en avait assez d'être la petite poupée des décideurs, qui joue si bien et qui fait tant la fierté des studios, mais sans avoir les droits que la plupart des humains s'accordent entre eux. Alors elle a pensé qu'une vraie grosse frayeur dans cet endroit où rien n'est réel plus de quelques heures serait la meilleure façon de recréer des liens, et d'avoir d'autres amis parmi les autres petits monstres comme elle les appelle, et les adultes. Elle a alors choisi une méthode définitive, brutale, pour marquer les esprits. Il y a d'autres enfants humains qui jouent dans ces séries, même si elle est la seule à y vivre en permanence et à avoir été adoptée par le directeur. Elle a donc demandé à une autre petite fille de la suivre dans une alcôve sans caméra, et l'a poignardé avec un couteau à viande. J'étais horrifié. Cette gamine se tenait à quelques centimètres de moi à peine, j'étais sans défense, et elle m'expliquait en pleurant qu'elle avait tué quelqu'un.
Ce qui la mettait en larme, c'est que son plan avait échoué. Elle se contrefichait totalement de l'enfant qui s'était vidée de son sang avant d'avoir pu comprendre ce qui lui arrivait. Les gens étaient devenus comme fous (enfin, plus que d'habitude), mais rien de ce qu'elle espérait ne s'était produit. Je tentais de garder mon calme et de ne pas lui montrer l'horreur que j'éprouvais. 
« - Et ils t'ont vue ? 
Non... Mais ce que j'ai fait n'était pas si grave que ça. Elle renifla dans sa manche, les yeux rougis par les larmes. 
Tu as tué quelqu'un. Il n'y a rien de plus grave, Aoibheann. 
J'ai tué un monstre. Me corrigea-t-elle. Mais tuer un petit monstre. ça crée des émotions, en réalité. Les monstres sont là pour ça. Tuer quelqu'un parmi les spectateurs ou les cameramans, les maquilleuses, c'est grave, car ce sont de vraies personnes. Même si je crois qu'elle avait quand même de vrais parents, elle ne restait pas ici la nuit, c'est vrai, j'étais jalouse aussi je crois, car elle était plus proche des vraies personnes que moi... » 
Elle parlait en sanglotant, d'un ton complètement hachée. J'avais oublié que si elle était une petite fille folle qui vivait dans un monde dément, elle était une petite fille quand même. Je respirai à fond et tentai de la rassurer maladroitement. 
« - Mais vous êtes toutes des vraies petites filles et de vrais petits garçons, dans le fond, des vraies personnes... 
Non... Nous sommes des sortes de cintres améliorés, c'est tout. Tuer un monstre, c'est pas grave... ça crée des émotions... » Répéta-t-elle. 
Les spectateurs vont être ravis quand ils vont apprendre ça... et regarder encore plus la télévision... C'est pas ce que je voulais mais j'ai compris trop tard... ça ne m'empêchera pas de partir à Milan. Et s'ils apprennent que c'est moi qui l'ai tuée, ça va être la curée. Ils vont me tuer moi aussi, peut-être pour de vrai ! » 
Je ne savais pas quoi lui répondre. Elle avait raison, dans le fond, entièrement raison. Ils m'avaient bien enfermé ici après tout. Aoibheann était une petite fille très intelligente, très seule, quelque soit la part de vérité dans ses histoires où elle n'existait que par, devant et pour les caméras. Elle comprenait la logique tordue de son monde beaucoup mieux que les adultes. Et je l'aimais finalement, cette gamine meurtrière si monstrueuse et lucide, qui avait réinventé la religion sacrificielle, la petite prêtresse des séries télévisées à l'insu de tous. Et elle était suffisamment bouleversée pour accepter ma proposition. A cet instant, je compris enfin que nos objectifs étaient les mêmes. 
« - Aoibheann, j'ai une idée... Sortons d'ici. Je t'emmène avec moi. » 
Elle était si étonnée qu'elle arrêta de pleurer. 
« - Tu veux dire, hors des plateaux de tournage ? 
- Oui. Dans mon monde. Je te trouverais une famille, et tu ne changeras plus jamais de prénom. Tu seras Aoibheann pour toujours, tout le temps. Plus aucun spectateur ne te regardera jamais, tu n'auras plus de texte à apprendre par coeur... » 
Sa voix tremblait encore un peu alors qu'elle réalisait ce que cela signifiait. 
« - Je ne serais plus un monstre. Toi non plus. 
- Non ». 
Elle me regarda. Les larmes avait laissé des traces sur son fond de teint jusque sur son chemisier blanc d'écolière modèle. J'avais peur qu'elle ne réalise qu'il y avait quand même des contreparties, que sa vie serait forcément moins facile que dans les studios où les gens meurent pour de faux tout les jours et qu'elle ne refuse... Sachant qu'à mon avis, ils ne l'auraient soupçonnées de meurtre. 
Elle renifla encore une fois, mais sa décision était prise. 
« - Je sais où ils ont rangé ta clé. Attends moi. »
Elle revint quelques instants plus tard. Après des semaines de captivités, je bougeais mes membres avec plaisir et fit craquer mes os avec un couinement de satisfaction. Nous avons couru sous les yeux noirs des caméras (j'avais enfin compris comment ils m'avaient repéré en arrivant ici, c'est vrai qu'il y en a de toutes les sortes et de toutes les tailles, et absolument partout !). Les vigiles nous ont pris en chasse alors que la gamine me guidait hors des studios, vers l'extérieur. Nous bousculions tout le monde dans les couloirs, les dames en talons se jetaient hors de notre passage et nous renversions des chariots de matériels divers, mais la plupart des gens étaient trop surpris pour intervenir. Je rentrais sans ménagement dans les fous mal inspirés qui essayaient de me barrer le passage, distribuant des coups d'épaule, mordant et griffant comme le monstre qu'ils voulaient que je sois sur le plateau. Enfin dehors, je soulevai à nouveau la plaque des égouts, et sautai avant de réceptionner mon amie monstrueuse dans les bras. 
Nous avons couru encore pour les semer, dans la rassurante odeur des égouts brésiliens, avant d'arriver là où ceux-ci communiquaient avec une grotte souterraine de notre monde. Je plongeais, Aoibheann me suivit courageusement. Je l'aidais sur la fin à émerger de l'autre côté, dans les marais et la mangrove froide. Elle toussa, pris une grande goulée d'air. Elle était un peu bleue. Le trajet est long pour une humaine. Je la pris dans mes bras. Nous étions tout les deux couverts de vase avec des relents d'essences, d'urine, de détritus et d'excréments humains. L'odeur des plantes en décomposition des marais remplaçait déjà ces remugles. J'en aurais pleuré de bonheur. Elle se mit à murmurer dans mon oreille. 
« - Kate est morte. Odetta est morte, Clarisse est morte... Camilla est morte. 
- Oui, ma chérie. Toutes tes autres identités sont mortes, il n'y a plus que toi, Aoibheann. Même Agathe est morte. » 
Elle éclata de rire. 
« - Agathe, c'était une publicité. ça fait plus longtemps que ça qu'elle est morte ! » ça me fit rire aussi, bizarrement. 
« -Voilà, Majesté, vous savez tout. Aoibheann est une petite fille très intelligente, qui a très envie de vivre une nouvelle vie avec une façon de penser qui m'a fait tout de suite penser à vous, qui souhaite se faire une place ici. Et même si c'est devenue mon amie, sa place n'est pas parmi les tralls. Elle y tomberait vite malade et n'y survivrait peut-être pas. » 
La Dame Blanche se ménage une minute avant de répondre, mais Céruse voit dans ses yeux qu'elle a déjà pris sa décision. 
« - En effet. Vous vous êtes adressés aux bonnes personnes. Vous pouvez vous relever, jeune trall et petite humaine. » 
Céruse et Aoibheann se remettent debout. Cela fait une semaine que les deux créatures se sont échappées des plateaux de la télévision brésilienne privée. Après s'être un peu décrassée pour Aoibheann et avoir rassuré ses proches pour Céruse (qui prirent bien note de son histoire, pour ne pas finir prisonniers à cause des caméras, eux aussi) il s'était mis en quête d'une famille pour la fillette. Certains choix s'imposent d'eux même. Les humains de son monde ont une existence dure et assez ennuyeuse, somme toute, sauf qu'ils ne disposent pas de boîtes à image. Et finalement Aoibheann n'est peut-être pas faire pour leur compagnie tant que ça, n'ayant jamais eu d'existence normale. Elle n'est pas faites non plus pour vivre chez les tralls. Les elfes sont trop racistes pour s'occuper que d'autre chose que de leur espèce. Les Dames Blanches sont le choix le plus évident pour les jeunes filles spéciales. 
Ce n'est pas officiel, bien sûr, mais tout le monde sait que les Dames Blanches n'ont pas de mâles et que leur reproduction reste très mystérieuse. En supposant qu'elles peuvent se reproduire. Les tralls comme Céruse ne fréquentent pas ces créatures à moins d'y être obligé. Elles passent du temps dans le monde humain, et certaines peuvent même les apprécier, les comprendre. Elles en gardent quelques bricoles sans valeur comme des instruments de musique ou des livres, recueillent parfois les jeunes filles suicidées par noyade pour compléter leurs rangs. Elles pouvent aussi avoir une forme de gros serpent à certaines périodes de l'année. 
Aoibheann avait murmuré en arrivant qu'elle s'attendait à des dames de la couleur de la porcelaine. Les créatures lui avaient répondu avec politesse souriant de son ingénuité, Céruse faisant la traduction. De fait, leur peau connaît les mêmes variations de couleur que celle des humains, parfois claire, parfois sombre. La reine elle-même est mate de peau, ses long cheveux ondulés sont sombres comme ceux d'une divinité égyptienne. C'est leur chair qui est blanche, comme celle d'un poisson. Elles ne saignent pas non plus, ou seulement d'un tout petit peu de liquide transparent comme de l'eau. Ce sont des espèces de prédatrices pas plus malignes ou plus stupides que des chattes, en général. Heureusement, les tralls ne sont pas sur leur liste des espèces comestibles. En revanche, elles dévorent parfois les humains. C'est pour ça qu'il n'est pas tout à fait à l'aise, alors que la reine réfléchit en regardant Aoibheann. Celle-ci tient Céruse par la main, tout en fixant la belle dame comme si elle se demandait si elle aussi, voulait de ces gens. Elle ne peut rien deviner tout des détails qu'il a glissé ou pas dans l'histoire. D'autres dames les regardent, affalées sur des coussins, ou debout, selon leur rang. Certaines étaient entièrement humaines, d'autres avaient une queue de serpent ou de poisson à mi-corps. Pas étonnant qu'elles aient autant de mal à concevoir des enfants comme tout le monde. 
La reine sourit, se lève et se penche vers la fillette. Céruse a un mouvement de recul instinctif, mais pas Aoibheann qui lève le menton. La Dame lui caresse la joue en souriant. Le trall sent les doigts enfantins lui serrer la main, pour lui dire que tout irait bien. 
« - Ma décision est prise. Je l'adopterais personnellement. » 
Un murmure soyeux et étonné s'élève dernière Céruse, qui pousse un soupir de soulagement. Les Dames ne sont pas méchantes si elles ont l'estomac plein ou s'il s'agit de leurs congénères, lui semble-il. Il a tenu parole. 
Un peu plus tard, Aoibheann vient lui faire ses adieux. Son odeur est déjà plus forte, sans maquillage et avec moins de savon. Sans doute aussi qu'elle grandit déjà. Céruse ne sait pas quoi lui dire. 
« - Je crois qu'on va bien s'entendre, ma nouvelle mère et moi. Elle parle même un peu le portugais, mais pas très bien. Merci pour tout. Mais tu n'aimes pas trop les Dames, à la base non ? 
Je n'ai rien à leur dire, en général. C'est surtout ça. Mais je crois que tu y seras bien. Elles ont du caractère, de l'orgueil et refuseront catégoriquement de ne pas assumer ce qu'elles sont. 
Tu viendras quand même me voir ? 
Évidemment, on est amis finalement, non ? » 
Il la prit dans ses bras une dernière fois, puis s'en retourna dans son terrier, dans la tiède moiteur du marais. Peut-être que la fillette avant raison. Ils sont tous des monstres aux yeux des humains. Elle ne va certainement pas apprendre à être une gentille petite fille chez des Dames Blanches, mais après tout, les Spectateurs n'étaient plus là pour la voir devenir une gentille jeune fille ordinaire.